Tout vient à point pour qui sait attendre. Chose promise, chose due, voici le récit de nos petites vacances à Kasenga. Kasenga ? Mais oui, souvenez-vous, on en a parlé quand mes parents sont venus à Noël, et puis aussi quand les parents de Sébastien sont venus en août, et encore avant, en escale, dans notre périple qui nous avait menés à Kilwa.
En route !
Par rapport à Noël dernier, ce n'était pas tout à fait les mêmes personnes : Sébastien, Florentine et moi étions déjà allés à Kasenga avec mes parents, par contre c'était la première fois pour Tine (Bakanja Centre), Marketa (Bakanja Centre aussi), Veerle (Bakanja Ville) et Marc, un ami de Sébastien, venu enseigner la 3D à l'ESIS et reparti depuis. Nous disposions de la Land Cruiser de la communauté, ce qui nous a été bien utile comme nous le verrons par la suite. Voici un petit portrait de l'équipe :

De gauche à droite : moi, Tine, Marc, Florentine, Sébastien, Veerle et Marketa
La route était bonne jusqu'à Kasomeno, car goudronnée — elle l'était déjà il y a 4 mois — et ça se voit sur les mines encore réjouies de la photo ci-dessus, mais après la piste s'est détérioriée sous l'effet de la saison des pluies. Du coup, nous avons mis plus de 2 heures sur le tronçon Kasomeno - Kasenga, là où ça nous avait pris 1 heure à Noël. Et nous avons bien sûr été secoués. Mais nous avons quand même fini par arriver.
Sur place...

Le couvent des Sœurs de la Charité de Jésus et Marie
Une fois arrivés à Kasenga, nous avons pris nos quartiers : les demoiselles étaient chez les Sœurs de la Charité de Jésus et Marie — là où nous avions logé à Noël — et nous, les gars, chez les Salésiens de Don Bosco — là où nous avions logé lors de nos autres séjours. Après l'installation, pas de temps à perdre, nous avons pris la direction du centre-ville de Kasenga. Si vous ne vous en souvenez pas, la ville de Kasenga est très étalée, donc nous avons pu marcher quelques heures. C'est aussi l'occasion de voir la différence entre Kasenga et Lubumbashi : la première ressemble davantage à l'Afrique "authentique" qu'on imagine ou qu'on voit dans des documentaires à la télévision, tandis que la seconde est plus proche des villes à l'occidentale.
Il est clair que, quand on est habitué à Lubumbashi, ça change un peu. D'abord du point de vue de l'environnement : les maisons sont souvent avec une ou deux pièces, avec un toit de chaume et des murs non peints, les parcelles ne sont pas clôturées par des murs mais ouvertes aux quatre vents, les rues ne sont pas goudronnées mais en terre ou sable, etc. Ensuite, quand nous, des bazungu, passons dans la rue, tous les enfants nous adressent des bonjour de la main, une cohorte nous accompagne et nous fait une danse, la plupart veulent être pris en photo, des « muzungu, muzungu ! » fusent de partout, d'autres mots en swahili ou en bemba — la langue locale qu'on retrouve surtout en Zambie, de l'autre côté de la Luapula — voire en anglais — la Zambie est anglophone. Il y a très peu de voitures, quelques camions, surtout des engins de chantiers qui travaillent à refaire les routes.
Le premier soir, rentrés à la nuit tombée — il fait nuit à 18h15 environ — sous l'éclat de la pleine lune, nous avons soupé chez les Sœurs. C'était l'occasion de fêter l'anniversaire de Tine, Marketa avait préparé un gâteau. Bon anniversaire Tine !
Les Rameaux
Le dimanche était celui des Rameaux, l'occasion d'avoir une messe exceptionnelle pour un voyage exceptionnel. Ici, ce n'est pas du buis mais des palmes (de palmiers, bien sûr !) qui sont bénies. La procession traversait une partie de la ville avant d'arriver à la cathédrale. La messe, en bemba, ne nous était pas très compréhensible, mais l'animation qui régnait nous a fait paraître courtes les deux heures. Une chose nous a frappés : il y avait essentiellement des enfants et des jeunes, très peu d'adultes plus vieux que nous. La messe était célébrée par le Père Henri, directeur de la communauté des Salésiens de Don Bosco à Kasenga.
Direction : les chutes !
Un des éléments majeurs de ce séjour à Kasenga est cette expédition vers des rapides — mais tout le monde nous parlait de chutes — sur la Luapula, en amont de Kasenga. Après la messe, nous avons acheté de quoi faire un pique-nique et nous sommes partis, accompagnés d'un jeune garçon, Noé, qui devait nous guider jusqu'aux fameuses chutes. On nous avait annoncé qu'il faudrait 40 minutes pour rejoindre un village appelé Makungu, puis nous devions prendre une barquette pour aller jusqu'aux rapides.
À la place de ça, nous avons dépassé Makungu pour aller jusqu'à Chalwé, un autre village, situé au départ des rapides, en plus de 2 heures de piste. La piste, parlons-en : elle n'a pas été entretenue depuis un certain temps, et l'herbe a souvent pris le dessus. Comme il ne passe presque pas de voiture, seuls les pieds et roues de vélos entretiennent un peu une partie de la piste, et il faut deviner où se trouve le reste de la piste, sous l'herbe. Nous avons dû franchir des ponts de fortune faits de rails de train, jetés au-dessus des torrents, en avançant très précautionneusement à cause de la marge très réduite. Globalement, la piste était assez sèche, avec quelques flaques faciles à franchir — sauf une, mais nous y reviendrons plus tard. Tout le long du chemin, nous avons croisé des villages, parfois avec 2-3 maisons, mais d'autres fois plus importants. Il va de soi que la piste n'était pas une belle ligne droite, bien plane, et si je n'ai pas connu les mêmes sensations que les autres, étant le conducteur. Les vidéos montrent que ça valait bien les montagnes russes des parcs d'attractions.

À gauche, la "piste" que nous suivions. A droite, le passage d'un pont avec mille précautions.
Arrivés aux rapides, accompagnés de la moitié du village de Chalwé, nous nous sommes établis sur un petit îlot pour conserver un brin d'intimité. Intimité très relative puisqu'à 10 mètres de nous se dressaient 50 paires d'yeux qui suivaient nos moindres faits et gestes. Presque tous, nous nous sommes baignés dans cette eau vive, sans prendre trop de risques toutefois : au milieu de la rivière coulaient des flots tumultueux, grossis par la saison des pluies qui s'achève. Nous nous sommes amusés, éclaboussés, laissés aller au courant (pas trop non plus), bref, nous avons retrouvé les plaisirs simples de l'eau qui nous manquent à Lubumbashi.
Puis un "petit" pique-nique, à presque 16 heures. L'histoire montrera que finalement ce n'était pas si mal de le prendre tard, au vu de l'heure du souper. Au menu, corned beef, pain, tomates, et bananes. Rien de très original, mais de quoi satisfaire le ventre qui commençait à se manifester. Enfin, un petit crochet avec les habitants du coin par la "cave", une grosse roche qui surplombe la rivière et où se mettent les pêcheurs pour être à l'abri du soleil et de la pluie.
Finalement, à 17 heures — alors que nous avions prévu de repartir à 16 heures — nous sommes partis en sens inverse pour rentrer à Kasenga. C'est là que ça devient drôle. Nous savions déjà que la nuit tomberait avant notre arrivée à Kasenga, mais l'objectif était de s'en rapprocher le plus possible, sachant qu'à proximité de Kasenga la piste serait moins mauvaise et donc praticable même dans la nuit. Pour parfaire les choses, peu après être repartis de Chalwé, nous nous sommes trompés de route — que dis-je ? de chemin ! — et avons perdu de précieuses minutes. Voilà, le décor est en place pour entamer le meilleur moment (ou le pire) de la journée.
Une fois remis dans le droit chemin, nous nous sommes embourbés dans l'unique flaque qui m'avait inquiété à l'aller. Comme c'est moi qui conduisais et que je ne fais jamais les choses à moitié, la voiture était prise et bien prise dans la boue, même en mode 4x4. Et la nuit commençait à tomber, comme dans les films où on sent le stress du héros. On a bien tenté différentes manœuvres, comme pousser à 6 la Land Cruiser, ou la faire pencher sur un côté moins boueux, mais rien à faire, ça ne voulait pas sortir. C'est là que nous nous sommes rendus compte que le pont arrière de la voiture reposait sur le sol, donc on ne risquait pas d'avancer. Finalement, en nous servant du cric et en surélevant progressivement la voiture — au début la voiture se levait mais pas la roue, à cause des amortisseurs — nous avons pu placer du bois sous la roue qui était plongée dans la boue. Il ne restait plus qu'à pousser la voiture, avec les renforts que certaines étaient allées chercher dans le village voisin, et la voiture était dégagée.

L'équipe — sauf Sébastien qui prenait la photo — avec ceux qui nous ont aidés.

Voici la piste à la lueur des phares. Sympa, non ?
En tout, ça nous a fait perdre 4 heures, autrement dit la nuit était tombée depuis un bon moment. Nous avons hésité à dormir dans la voiture, puis finalement nous avons décidé de rentrer. Pendant 2 heures 30 environ, j'ai roulé à 20 km/h, avec une extrême attention, notamment sur les ponts de fortune. Évidemment, en arrivant à Kasenga, je me suis écroulé de fatigue. D'ailleurs, nous étions tous épuisés après cette journée fantastique, et le souper a été vite avalé. Hop, au lit !
On se repose... et on marche
Bon, on avait prévu de se reposer pendant ce séjour et ce n'était pas encore fait. Donc le lundi, on s'est surtout reposé, détente et tout ça. Mais bon, il restait quand même le grand marché à visiter, donc nous sommes repartis en ville, en direction du marché central de Kasenga. Je vous ai déjà dit que Kasenga était étalé, il nous a donc fallu 1h30 pour arriver au marché. Et bien sûr, nous avions oublié de prévenir les filles que c'était loin, donc elles étaient en sandales, à souffrir le martyre pendant que des taxi-motos nous dépassaient à grand renfort de klaxon, ne comprenant pas pourquoi des bazungu faisaient le déplacement à pied plutôt qu'en voiture ou en taxi-moto. Mais en même temps, c'était encore l'occasion de rencontrer des enfants, d'observer le forgeron au travail, d'acheter des beignets alors que nous avions déjà soif.
Le marché, nous ne l'avons pas beaucoup vu. Pour ma part, je suis reparti assez vite — en taxi-moto cette fois — pour chercher la voiture, et épargner le supplice du retour à des pieds déjà bien fatigués. Les autres ont étanché leur soif dans un bistrot, pendant que les nuages grossissaient dans le ciel. Et tout d'un coup, le marché s'est vidé, toutes les mamans ont remballé leurs affaires, sous un ciel menaçant, et les volontaires n'ont pu que se rendre compte qu'il était trop tard pour acheter des provisions — nous n'avions pas encore pique-niqué. Marc a quand même réussi à acheter quelques chemises, et moi, pour ne pas changer, du tissu-pagne (aussi appelé tissu africain par les Européens).
Souper avec les Pères et feu de camp
Les deux premiers soirs, nous avions soupé chez les Sœurs, mais pour aussi pouvoir discuter avec les Salésiens nous avons choisi de manger chez eux le dernier soir. L'ambiance était bonne et surtout nous avons appris beaucoup de choses de ce qu'ils faisaient, notamment l'agriculture car ils possèdent des champs. Ils cultivent le riz, le maïs, les arachides, le soja, les haricots, etc. en employant bien sûr de la main d'œuvre. Ils couvrent ainsi une partie des besoins alimentaires de la communauté, créent une source de revenus et de l'emploi pour des habitants du coin. Évidemment, ils avaient envie de nous montrer leurs champs, et rendez-vous a été pris pour le lendemain.
Pour terminer dignement cette journée, nous avons opté pour un feu de camp. Une veillée agréable, au cours de laquelle nous avons pu nous rendre compte que 6 ce n'est pas suffisant pour jouer au jeu du Loup-Garou, avec des discussions sympathiques. En plus, les nuits commencent à être fraîches donc le feu n'était pas de trop.
Balade à travers les rizières
Le mardi matin, donc, nous nous sommes mis en route pour voir les champs des Pères. Le maïs commençait à être récolté — sec, car c'est pour faire de la farine qui servira au bukari — tandis que c'était déjà fait pour le soja et les arachides. Puis nous sommes arrivés aux rizières. Nous marchions sur un talus qui traversait les rizières. Dans les rizières, il n'y avait pas seulement du riz, mais aussi des garçons qui pêchaient des — petits — poissons dont ilé étaient très fiers. Et aussi de très beau nénuphars, diverses plantes d'eau, des cannes sur le bord. Régulièrement, nous croisions des gens qui rapportaient différentes récoltes, certains sur la tête et d'autres sur le porte-bagage du vélo.
Concernant le riz de Kasenga, nous avions acheté 75 kg de riz à Noël, et comme la communauté avait largement préféré ce riz à celui importé du Pakistan, nous en avons rapporté encore autant. A priori, nous en aurons donc jusqu'à mon départ. Certes, le riz produit à Kasenga est cassé par la décortiqueuse et il faut le laver plusieurs fois, ce qui paraît moins intéressant que le riz pakistanais, mais il est aussi bien meilleur au niveau du goût, surtout si on y ajoute une petite touche de beurre.
Hop, hop, hop ! En voiture !
Comme toutes les bonnes choses ont une fin, nous sommes repartis le mardi après-midi pour Lubumbashi, mais trop tard pour échapper à la nuit. Chacun a largement apprécié ce séjour à Kasenga, à l'unanimité !