Préparer son voyage
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Blog de alain :

Mission Fidesco à Lubumbashi au Congo (RDC)

Le 18 fevrier 2010 à 16h40
Visez les stars !


Jambo !

Bon, à défaut de pouvoir faire un long article, je vous mets quand même un petit lien sympatique. Saurez-vous me retrouver ? À voir et à revoir...


Et en quelques mots...

Rapidement, sans délayer... J'ai un potager qui pousse bien, mon ordi a chopé un virus et j'ai été obligé de le formater (il est en cours de réinstallation), je me suis déguisé en scout pour Mardi Gras (mais ça ne valait pas Frère Rémi qui s'est déguisé en "Soeur Rémi"), j'aai assité à un chouette concert pour la St Valentin, les cours sont terminés pour le moment, les étudiants sont en blocus (période de révision) avant les examens qui commencent la semaine prochaine, j'ai presque fini le projet de dépouillement, j'ai commencé à écrire mon second rapport de mission. La suite... quand j'aurai le temps (probablement après l'envoi du rapport de mission).

Bye bye !

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Le 05 fevrier 2010 à 16h40
Et de deux !


C'est étonnant comme deux mois peuvent passer rapidement : il y a deux mois, je posais le pied sur le sol congolais, et je n'ai pas vu le temps passer. Et en même temps, le nombre de découvertes que j'ai pu faire, les habitudes que j'ai eu le loisir de prendre, le voyage à Kilwa qui m'a montré d'autres facettes du Congo, ... Il n'y a pas eu de temps perdu, j'ai même du mal à savoir comment j'ai pu faire tenir tout ça dans si peu de temps.

Bien sûr, je le dois en partie aux autres volontaires qui m'ont fait découvrir beaucoup de choses, qui m'ont intégré dans leurs activités, dans les jeux, les temps de prière, les temps où nous étions simplement ensemble. Je le dois aussi à l'ESIS, ma mission, qui me prend suffisamment de temps pour ne pas avoir de quoi m'ennuyer quand je n'y suis pas (mais qui m'en laisse suffisamment aussi pour ne pas me sentir prisonnier de mon travail). Aujourd'hui, je n'ai pas de voyage à vous raconter, mais la vie n'en est pas moins passionnante quand on est volontaire à Lubumbashi.

Moi, un nain ?

Prof, bien sûr ! Commençons par ma mission, puisque que c'est pour enseigner que je suis ici. Je n'ai pas encore parlé des cours que je donne, et pour cause, je n'avais pas encore commencé avant les vacances de Noël, exception faite de la conférence sur le commerce électronique. Mais ça y est, le 12 janvier exactement, j'ai commencé à donner un cours sur les microprocesseurs. S'il faut une phrase pour le résumer, on pourrait dire : « Comment fonctionne le cœur d'un ordinateur ? » Ce cours fait partie du programme pour les G3 (3ème année) de filière Technologie et réseaux, d'une durée totale de 30 heures à raison de 4 heures par semaine, le mardi matin. Ça fait donc déjà 4 séances qui se sont très bien passées : dès la première, je me suis senti très bien dans le rôle que j'endossais. Et le contact est bon avec les étudiants, c'est aussi plus facile quand la classe en compte 18 (rien à voir avec les G1 qui sont 250). Quant à la matière, même si le microprocesseur n'est pas le cœur de ma formation (je suis plutôt au niveau logiciel), c'est tout de même une matière que j'ai beaucoup appréciée quand j'étais moi-même étudiant et que j'ai du plaisir à enseigner.

L'autre cours que je donne est tout de même plus conforme à mon profil, puisqu'il s'agit d'un cours sur les applications distribuées, dispensé en G3 Programmation et bases de données. Pour mes lecteurs non-initiés, je vous donne un exemple simple : Outlook Express est un client de messagerie qui permet de se connecter à un serveur de messagerie pour relever les nouveaux messages ; cette application client-serveur est une application distribuée (ou répartie) car deux programmes fonctionnent ensemble tout en s'exécutant sur deux machines différentes. Ensuite, il y a bien sûr des variantes dans l'architecture, et il existe différentes techniques de communication. Ça en fait un cours pour lequel je me passionne, et ça tombe bien vu que j'ai 9 heures 30 par semaine : 4 heures le lundi matin, 4 heures le mercredi matin et 1 heure 30 le vendredi après-midi. Oui, vous l'avez remarqué, ça fait un gros paquet de cours en première partie de la semaine, après c'est plus cool, ou plus exactement je peux me consacrer à d'autres tâches. Dans la réalisation, il est assez différent du cours de microprocesseurs : le premier est surtout théorique, avec des exercices sur papier, alors que le cours d'applications distribuées repose pour moitié sur des travaux pratiques. D'ailleurs, la partie théorique est pratiquement terminée, et mes étudiants vont avoir un projet à réaliser pour utiliser ce qui a été vu en cours.
 
Alain donne un cours
À votre avis, c'est un cours d'applications distribuées ou de microprocesseurs ?

J'ai d'autres cours en attente : J2EE (Java Entreprise) en G3 Programmation, Gestion de projet informatique en G3 toute filière, Progiciel de Gestion Intégré en G2 Gestion, et peut-être même Java en G2 Programmation. Beau programme !

Et plus, si affinités...

Par ailleurs, je suis maintenant coordinateur de la filière "Programmation et Bases de données". Mon travail est d'ordre pédagogique, valider le contenu enseigné, proposer des évolutions pédagogiques, etc... Par exemple, je suis en train de mener une étude sur le cours de Java (un langage informatique) : actuellement, c'est un cours commun qui est enseigné en G2 à toutes les filières en même temps. Mais cela présente un problème pour les G2 Programmation, car ils doivent en apprendre davantage que ceux qui sont en Design, en Gestion ou en Réseaux. La même question se pose pour le cours de Programmation Orientée Objet. Du coup, j'interroge les étudiants, je me penche sur le programme, je discute avec le professeur, etc...

Et je suis toujours impliqué dans l'évolution des stages, on avance, il va bientôt falloir songer à démarcher les entreprises. Bref, le boulot ne manque pas.

« Les prisonniers du boulot ne font pas de vieux os... »

Évidemment, je ne limite pas ma vie au bureau de l'ESIS ! Je continue à aller le jeudi soir au groupe de prière de St Éloi, c'est un moment qui me permet de me ressourcer, je peux prendre du temps pour réfléchir, prier, partager.

Et puis, avec les autres volontaires, nous faisons de temps à autre des jeux, ou des sorties. La dernière était une journée où nous avons visité Kansebula, un lieu où sont formés les futurs prêtres salésiens, ainsi que la Kafubu, une ferme qui appartient aux Salésiens.

Que dire d'autre sur ce second mois à L'shi ?


J'ai commencé ce mois de janvier par un déménagement : j'ai quitté la Procure pour Salama, et je me suis donc retrouvé logé à quelques pas de Sébastien et Pierre-André, tandis que pour aller chez Hélène et Raphaël il me faut simplement traverser la rue. Et pour rejoindre l'ESIS, je ne mets plus 30 minutes mais 2 minutes à pied (3 minutes à l'heure de pointe, la traversée de la rue devenant plus délicate). Mes nouveaux voisins directs sont les abbés Max et Frédéric ainsi que Père Vincent. Nous nous entendons déjà très bien, notamment avec Père Vincent qui est aussi passionné que moi pour le potager et la nature en général !

Une autre occupation est le potager que j'ai commencé à faire, après mon installation à Salama. Pour l'instant, j'ai surtout préparé la terre, je n'ai encore semé que des radis (ils ont levé hier !) et des salades, mais j'ai plein d'autres graines qui attendent (merci Père Staf !), mais comme cet endroit n'a pas été cultivé depuis longtemps il faut commencer par la fumer. En tout cas, j'ai plein de projets, avec plein de légumes bizarres (mais aussi des choses à peu près normales).

Dans les événements marquants du mois, nous avons eu la visite de nos correspondants de pays : Philippe et Marie-Luce, jeunes retraités, nous ont rendu visite pour voir comment se passait notre mission, nous conseiller quand c'était nécessaire, etc... Ils sont restés 3 semaines (leur mission ne se limitait pas aux volontaires Fidesco), pendant lesquelles nous avons pu nous voir plusieurs fois. On retiendra notamment le repas au restaurant, avec vue magnifique sur le lac, sous une paillotte, avec du soleil... Et merci aussi pour les Pyrénéens (et tous les conseils) !
 
 
Les volontaires et leurs deux correspondants de pays
Voici tous les volontaires Fidesco de Lubumbashi, ainsi que nos correspondants de pays (à gauche). Ça, c'était après le repas, ce qui explique ces visages rassasiés (pour l'anecdote, nous avons été servis 2h30 après avoir passé commande... une chance, c'était bon !)

Il y a aussi eu la fête de Don Bosco, tout à la fin du mois : la fête de St Jean Bosco (pour ceux qui n'ont pas suivi, c'est le fondateur des Salésiens) est le 31 janvier, et avec un jour d'avance ça a été la grande fête à Salama. Tout a commencé par la messe sous le grand préau, suivie du makoleko (du pain et du lait sucré) puis des jeux populaires. Le soir, nous avons refait la fête avec les Pères de la maison Salama, ainsi que d'autres religieux et religieuses qui s'étaient joints à nous pour la fête. Et quand je dis la fête, je n'en rajoute pas, c'était vraiment ça, avec un repas très festif, animé par nos deux abbés Frédéric et Max.
 
Une chorale très animée Une assemblée attentive
Les célébrant et les acolytes
Voici quelques photos de la célébration : la chorale de l'ESIS est présente à pas mal d'occasions et elle défend bien sa réputation. Le terrain de basket couvert se transforme dans ces moments-là en lieu de célébration, et il faut bien ça pour accueillir tous les élèves et étudiants de Salama. Une estrade a été aménagée pour accueillir l'autel.

Et le rapport de mission ? (la minute de publicité)

Certains d'entre vous qui me lisez avez reçu mon rapport de mission (peut-être même est-ce après ça que vous avez atterri ici), les autres suivront au rythme des trimestres. Pour les autres que mes rapports intéressent, il est toujours possible de me soutenir financièrement auprès de Fidesco, pour plus de détails faites-moi signe.

Contenu modifié le 05 fevrier 2010 à 17h14

Commentaires [2]
Le 15 janvier 2010 à 10h10
Bonne année !


... et bonne santé, bonheur, toutes ces choses qu'on a l'habitude de se dire au mois de janvier. Chose promise, chose due, je vais vous raconter mon voyage à Kilwa. Accrochez vos ceintures ! (y en a pas)

On part quand ?

Nous partîmes de bon matin... euh non, c'était déjà l'après-midi. Enfin, le 21 décembre, nous avons pris le bus. Pas jusqu'à Kilwa : la route est tellement démolie sur la section Kasomeno-Lupembe (incluse dans le trajet L'shi-Kilwa), qu'en cette saison des pluies seules les motos peuvent espérer rejoindre sans encombre Kilwa (il arrive que des camions risquent l'aventure, mais en général ils passent un mois pour faire 100 km). La direction a été Kasenga, qui se trouve au bord de la rivière Luapula. De là, on pouvait espérer prendre un bateau en direction de Kilwa.

Mais même en bus sur une route en bon état (asphaltée sur la moitié du trajet), tout ne roule pas seul. Par exemple, on peut tomber sur un barrage de police au milieu de nulle part qui décide de faire le contrôle technique du véhicule (sans aucun outil de contrôle, bien sûr). C'est en général un bras de fer pour voir qui cédera le premier, le chauffeur en donnant quelques billets, ou le policier en renonçant.

Depuis la fenêtre du bus, on pouvait observer la brousse, les cases des villages traversés, les manguiers, les enfants qui nous faisaient signe de la main, les énormes termitières (nombreuses dans la brousse), etc...

Et puis, une fois que la nuit est tombée et que la route n'est plus asphaltée, on peut s'enliser jusqu'à l'essieu. Vous avez déjà essayé de pousser un car pour le sortir de la boue ? Heureusement, on n'a attendu que deux heures (on s'était déjà fait à l'idée de passer la nuit dans le car) avant qu'un camion nous sorte de là. Finalement, nous sommes arrivés à 1h du matin à Kasenga, accueillis par des Salésiens dont la communauté se trouve là.

Elle est où la ville ?

Kasenga est la grande ville du coin, au bord de la Luapula (qui fait la frontière entre le Congo et la Zambie). Mais quand on est dans Kasenga, on est dépaysé par rapport à Lubumbashi : ce n'est pas beaucoup construit, ce sont essentiellement des maisons de briques avec un toit de chaume, il n'y a presque pas de bâtiments à étage. En fait, on a l'impression d'être dans un grand village. Du coup, c'est très calme, très reposant.
 
Une maison à Kasenga
Les maisons à Kasenga ressemblent, pour la plupart, à celle-ci : briques et chaume.
Les briques sont faites à partir de la terre des termitières et cuites au feu de bois, causant des problèmes de déforestation.
 
Ça ne l'est plus à partir du moment où on sort un appareil photo et où tous les enfants se jettent devant l'objectif pour être pris en photo. À croire qu'ils ont un sixième sens, car ils arrivent vraiment de partout. Et quand on leur montre les photos sur le petit écran, ça devient une joyeuse hystérie générale.
 
Des enfants devant l'objectif Encore des enfants
À gauche, les enfants qui ne se font pas prier pour être pris en photo. À droite, je ne voulais prendre que l'homme à la casquette mais les enfants ont tout de suite accouru quand j'ai sorti l'appareil photo.

Vous avez votre passeport ?

On a aussi été arrêté par la police fluviale alors qu'on se baladait sur le port pour nous renseigner sur les bateaux. Ben oui, on ne savait pas que pour entrer dans un "port", si on peut appeler ainsi la plage de Kasenga, il fallait commencer par se présenter à la police fluviale. Nul n'est censé ignorer la loi (surtout quand elle est orale et inventée sur mesure). On a passé plus d'une heure à se faire sermonner par le commandant (de deux pelés, un tondu), et n'étant pas encore très sensibilisé à la façon de faire de nos amis policiers j'ai vraiment cru qu'on allait me garder (j'avais oublié mon passeport). Et puis, à un moment, vous ne savez pas pourquoi, le commandant qui était en train de vous assaisonner se met à prendre une voix plus sympathique et à rigoler comme si vous étiez potes.
 
Une photo du port
Voici le port de Kasenga : la plupart des bateaux sont en cale sèche dont plusieurs incapables de flotter.

Finalement, on a pu s'entretenir avec le commissaire du port pour savoir quand partait le prochain bateau pour Kilwa. Il en partait un le lendemain (le 23 décembre) pour Pweto, en passant par Nkolé (à 20 km de Kilwa). Théoriquement, il devait partir vers 9h du matin, et mettre environ 18h pour rejoindre Nkolé.

Ça y est, on hisse les voiles ?

Bon, en fait d'un départ à 9h, on nous a dit de revenir à 13h. On en a profité pour visiter un champ cultivé par la communauté salésienne, arachides, haricots et maïs principalement. On a aussi et surtout dévalisé un manguier, pour faire des réserves de mangues (une demi-douzaine de kg au moins).
 
Moi, dans le manguier
Me voilà, singe devant l'Éternel, en train de grimper dans le manguier pour cueillir des mangues.
Les habitudes congolaises sont plutôt de se servir d'un long bâton (un bambou, par exemple) pour faire tomber les mangues mûres. Les enfants lancent aussi des mangues abîmées ou des cailloux, d'où un proverbe bantou : « On ne jette des cailloux que sur l'arbre qui porte de bons fruits ».

De retour à 13h, nous avons pu prendre la barque (au premier plan sur la photo) pour rejoindre le bateau (qui est derrière, sur la photo).
 
Le Nkulu Une bonne équipe (Lucien en plus)
À gauche, la barque qui doit nous mener au bateau (en arrière-plan), à droite notre équipe. De droite à gauche : Pierre-André, Lucien (le seul qui n'est pas de l'équipe), Sébastien, Laurent, Olivier et moi. Ça, c'est avant les coups de soleil (sauf pour Olivier).

Au début on se disait qu'on allait être à l'aise, avoir de la place pour loger les pieds, etc... C'est après que nous avons vu une foule de gens qui attendaient d'être appelés pour embarquer. Alors que 50% des passagers étaient montés, nous ne voyions plus comment faire rentrer d'autres personnes, et pourtant, la magie du tétris, tout le monde est monté. Dire que nous manquions de place est un euphémisme. Enfin, on a réussi à se caser, et le bateau est parti à 17h. Il faut imaginer un entassement de passagers, néanmoins tous assis sur des bancs ou des bagages, avec des hommes, des femmes, des enfants, des bébés. Ça parle (swahili ou bemba), ça crie, on voit les gens sortir de quoi manger. Du coup on a aussi passé une partie de l'après-midi sur le pont supérieur, qui ne sert qu'à la marchandise normalement, mais il y avait un peu de place pour s'y asseoir et observer le magnifique paysage.
 

La rive gauche, congolaise Un village congolais
À gauche, la rive congolaise (rive gauche), avec un splendide mélange de terre rouge et de végétation vert profond. À droite, un village congolais qui, comme beaucoup d'autres le long de la Luapula, ne peut être rejoint que par l'eau. Au Congo où il reste beaucoup à faire pour avoir un réseau routier digne de ce nom, la navigation constitue le plus efficace des moyens de transports. À condition d'avoir du temps, bien sûr, mais au Congo où la culture est différente ça ne pose pas de problème (on dit d'ailleurs que les blancs ont des montres pour voir le temps qu'ils n'ont pas)

Où sont les couchettes ?

Est arrivée la nuit, en fin de compte : comme nous nous voyions mal dormir assis, serrés comme des sardines, nous avons trouvé un coin confortable (des matelas transportés en marchandises) sur le toit du bateau pour y dormir à la belle étoile. Heureusement quand même qu'il y avait une bâche, parce que la nuit a été très pluvieuse.
 
Nuit à la belle étoile
Nuit à la belle étoile, sous la pluie...

Nous sommes arrivés à 4h du matin à Kashobwe, là où se trouve la résidence du gouverneur du Katanga. Des passagers sont descendus, de la marchandise aussi, puis à 8 h nous sommes repartis, l'étape suivante était Nkolé. On nous a annoncé qu'à 11h on y serait, mais nous avions quand même quelques doutes dessus. De fait, à 11h nous n'y étions pas, mais sans surprise. À 13h50, nous n'y étions toujours pas, mais on en approchait (ce qui ne changeait pas du début).

Nous voici dans la Mer des Sargasses !

À 14h, nous étions dans les roseaux qui bordent la Luapula : la barre avait été confiée à un apprenti et il avait dévié de sa route. Le bateau n'arrivait plus à se sortir de là avec sa seule puissance, et il a fallu trouver une autre solution. L'équipage a multiplié les tentatives, d'abord en utilisant une perche en bambou pour repousser le bateau : seulement, en poussant à 8 le bateau bougeait un peu, mais revenait à sa place à cause des roseaux qui le tiraient dans l'autre sens. Certains se sont mis à l'eau pour essayer de pousser aussi, mais à cause de la profondeur ils n'arrivaient pas à pousser fort. Finalement, c'est en descendant dans une barquette qui suivait le bateau et en arrachant méthodiquement les roseaux que nous y sommes parvenus. Je dis "nous", car avec les autre volontaires nous ne sommes pas restés en reste, c'est même Sébastien qui a suggéré l'arrachage des roseaux. D'ailleurs, ça a beaucoup aidé, plus que nos seules paires de mains : des bazungu qui mettent la main à la pâte, ça a stimulé d'autres passagers. Et à la fin, quand nous nous en sommes sortis, les félicitations à notre égard ont fusé.
 
Le bateau, dans les roseaux Des passagers à l'œuvre
Quand je vous dit que le bateau est pris dans les roseaux, c'est pas de la blague. Vous remarquerez au passage des papyrus mêlés aux roseaux : on en trouve beaucoup par ici, ils ne sont pas utilisés pour faire des parchemins mais des cordes, de la vannerie, etc... À droite, Sébastien, Laurent et deux autres passagers en train de tirer les roseaux qui nous empêchent de repartir.
 

Tout ça nous a quand même fait perdre 3 heures — une heure de plus, il aurait fait nuit et nous aurions dû passer une deuxième nuit sur le bateau — et nous sommes arrivés à la nuit tombée à Nkolé, accueillis par une multitude d'enfants, il n'était donc plus question d'être à Kilwa pour la veillée de Noël, mais nous pouvions encore espérer être à la messe de Noël le 25 décembre à 8h, à condition de quitter l'île à 6h en barquette à moteur. L'administrateur de l'île (il n'y avait pas que des enfants) a mis à notre disposition une pièce pour dormir et des cuisinières pour nous préparer un bon petit dîner de veille de Noël (en fait, deux sipas — l'unité de mesure locale — de riz, que nous avons complétées avec du canard confit (apporté , du corned beef et des mangues). Nous avons aussi assisté à une partie de la veillée de Noël (sans prêtre), nous n'avons bien sûr rien compris de ce que qui se disait en bemba, mais nous avons profité de l'ambiance, avec plein de chants, de danses, de musique. Pour tout lit, nous avons dû apprécier le béton, puisqu'il n'y avait pas de couchette disponible.
 
Soirée de Noël
Le club des cinq autour d'une bougie, du riz et du corned beef

Joyeux Noël !
 

Le 25 décembre, lever à Nkolé ! Nous avons finalement pris la barquette à moteur à 8h (mais nous commençons à connaître le quart d'heure congolais), avec un crochet par l'île de Kilwa. Kilwa se trouve au Congo, mais l'île de Kilwa, qui se trouve à 10 km de la ville, est zambienne, donc les gens parlaient plutôt anglais et bemba. Vers 10h, nous sommes enfin arrivés à Kilwa, accueillis par l'Abbé Kamona qui a mis à notre disposition sa maison pour pouvoir dormir et manger pendant notre séjour à Kilwa.
Les adieux des enfants de Nkolé Des zouaves Une partie de l'Île de Kilwa
À gauche, les enfants de Nkolé qui nous faisaient leurs adieux tandis que nous nous éloignions en barquette. Au centre, des bazungu qui font les pitres sur la barquette. Et à gauche, une partie de l'Île de Kilwa, très verte, qui est de l'autre côté de la frontière.

À Kilwa, nous avons eu quelques jours pour découvrir la ville, qui ressemble à ce que nous avons vu à Kasenga en plus grand tout de même. Nous avons aussi rencontré l'évêque de Kilwa-Kasenga, Mgr Fulgence, qui était en séjour à Kilwa. Il y a aussi deux volontaires DCC (Délégation Catholique pour la Coopération) qui sont en mission pour deux ans à Kilwa et avec qui nous avons sympathisé, Élise et Cyril.
 
Le marché de Kasenga La rue principale de Kasenga
À gauche, le marché de Kilwa, et à droite la rue principale, où on trouve à peu près tout, sauf des blancs depuis que l'entreprise Anvil Mining a fermé ses portes. Anvil Mining faisait de l'extraction de cuivre à Kilwa, comme dans d'autres coins du Katanga, car on trouve énormément de cuivre dans le sous-sol katangais. Depuis cette fermeture, il n'y a plus d'électricité (hormis les groupes et quelques panneaux solaires), la restauration des routes qui avait été entreprise a été abandonnée, etc... La ville est sinistrée.

Évidemment, nous avons aussi fait la connaissance de la famille d'Olivier, ce qui a été l'occasion pour nous d'aller vraiment dans la "Cité" (pour reprendre le terme employé par tous, désignant les quartiers résidentiels). Le 27 décembre, nous sommes allés à Kiankalamu, village à 20 km de Kilwa, pour fêter la licence (équivalent du master en France) d'Olivier, récemment obtenue. Nous avons ainsi fait la fête chez le frère d'Olivier, nous avons beaucoup échangé, c'était très sympathique.
 
Des membres de la familles d'Olivier, et nous Le grand frère d'Olivier, François, avec sa famille
À gauche, des membres de la famille d'Olivier (son père est celui qui porte un chapeau, sa mère juste devant ce dernier) et bien sûr notre équipe. À droite, le grand frère d'Olivier, François, sa femme et ses enfants, à Kiankalamu. Au Congo, les familles sont nombreuses, en général plus de six enfants et parfois plus de dix, mais le taux de mortalité infantile est aussi élevé.

Muzungu ! Muzungu !

Et à chacun de nos déplacements, que ce soit à la Cité ou à Kiankalamu, une foule d'enfants nous suivaient, épiaient nos faits et gestes. Il était difficile de communiquer avec eux car ils maîtrisaient mal le français (pourtant la langue officielle du pays), mais parlaient plutôt le bemba et le swahili. Mais ça ne nous a pas empêché de jouer : le foot est vraiment une langue internationale. Au début, seuls quelques uns se "risquaient" à jouer avec nous, puis rapidement les peurs disparaissaient et la plupart rejoignaient le cercle pour se faire des passes au pied. Certains se débrouillaient même très bien. Quant à moi, avec mes "tracteurs" — je labourais le sol avec mes chaussures de marche —, j'essayais surtout de ne pas faire trop de "head shot"... Nous avons aussi fait les clowns, chanté, un rien les faisait rire, on leur décrochait un sourire sans effort. Nous étions des stars !
 
Le foot avec les enfants de la Cité Sébastien qui fait le clown avec son bob
À gauche, quand nous jouions au foot avec les enfants. Ils n'ont souvent pas les moyens d'avoir un "vrai" ballon de foot et ils fabriquent leurs ballons avec ce qu'ils trouvent. Et ça donne de bons résultats ! À droite, Sébastien qui fait le clown avec son bob (mais où est Bob ? Saurez-vous le retrouver ?) et les enfants ont adoré.

Et puis, il a fallu songer à rentrer. Nous voulions être à L'shi pour le soir du 31 avec Raphaël et Hélène. Et être dans les temps n'était pas évident : il n'y avait pas de bateau prévu en partance pour Kasenga (c'est aussi assez difficile de connaître les horaires, c'est en général au jour le jour). Par ailleurs, la voie terrestre posait toujours le problème de la section Lupembe-Kasomeno, inutilisable en véhicule à 4 roues en cette saison. Il y avait donc la possibilité de se rendre en moto jusqu'à Kasomeno et de là prendre le bus pour Lubumbashi, mais il fallait être prêt à se farcir 8h de moto en passager, sur de (très) mauvaises routes, et ce n'était pas vraiment donné. Nous avons aussi eu des pistes par des contacts qui se sont révélées autant de tuyaux crevés (mais ce n'était pas la faute à ceux qui nous en parlaient).

Qui a le plan ?

Finalement, nous avons décidé de nous séparer pour augmenter les chances de trouver à rentrer (certains moyens de transport offrant une capacité inférieure à 5). Aussi, Laurent et Olivier qui n'avaient peur de rien sont partis en moto jusqu'à Kasomeno, tandis que Pierre-André, Sébastien et moi sommes partis pour Kashobwe, en moto également mais plus près et avec des routes moins défoncées (défoncées quand même). À Kashobwe se trouve la résidence du gouverneur du Katanga (si vous avez bien suivi, nous sommes passé devant en bateau, à l'aller) et nous espérions un "coup de main" de sa part. Nous avons croisé fort les doigts car dans le cas inverse, nous étions coincés pour une durée indéterminée. Heureusement, grâce à nos contacts, dont le Père Adelin qui est missionnaire là-bas, nous avons été introduits auprès du gouverneur, très accueillant, qui après nous avoir conviés à sa table (et nous a lui-même servi du poisson) et laissés nous reposer dans un bungalow annexe à sa maison, nous a invités dans son avion personnel en partance pour Lubumbashi. Vous avez déjà voyagé avec un gouverneur, gracieusement invité par lui-même ? Finalement, nous sommes donc arrivés le 30 décembre au soir, fin de notre périple.
 
Moi à l'arrière de la moto Vue aérienne du Katanga
À gauche, vous me voyez à l'arrière d'une moto (c'était pour moi la première fois). À droite, une vue aérienne de la brousse du type savane herbeuse. Photo prise depuis l'avion du gouverneur, s'il vous plaît !

J'espère que j'ai réussi à vous captiver à travers ce long article, et je vous demande de m'excuser pour tout le temps que j'ai mis à actualiser ce blog.


Et encore une fois, bonne année !

Contenu modifié le 15 janvier 2010 à 13h30

Commentaires [7]
Le 17 décembre 2009 à 15h05
Déjà deux semaines !


Et même un peu plus. Je ne compte déjà plus en jours mais en semaines, bientôt je vais compter en mois, puis en semestres... Le temps s'accélère, les journées s'écoulent plus vite que la pluie ne tombe en cette saison (et nous sommes en saison des pluies, 450 mm sont tombés depuis début novembre).

Alors, ça démarre ?

Ça démarre, et même au quart de tour ! Ceux qui pensent qu'au Congo (et plus généralement en Afrique) les choses se font lentement n'ont pas fait mon expérience. Depuis que je suis au Congo, je n'ai pas pris le temps de souffler beaucoup, j'ai tout de suite trouvé plein de  travail qui m'attendait à l'ESIS. J'allais répéter ma phrase de la semaine dernière (à propos du début des cours), en fait je n'ai pas encore commencé à donner de véritable cours.

Je suis toujours en train de préparer mon cours sur la gestion de projet informatique, et je me cultive énormément sur le sujet — je n'ai pas eu de véritable formation sur ce sujet, donc j'ai tout à apprendre, compiler pour en sortir l'essentiel sous forme de cours — en appréciant que la connexion Internet se soit stabilisée (quand l'électricité n'est pas coupée).

Par ailleurs, je vous avais parlé de ma conférence sur le commerce électronique devant les G2 et les G3. Ça s'est très bien passé, vendredi dernier, et certains ont montré un intérêt certain pour ce sujet (et pourtant c'était un vendredi après-midi). C'était aussi le but de ma conférence (et l'esprit dans lequel je l'avais structurée), donner des idées aux étudiants. En plus, coup de chance, des personnes impliquées dans des projets de la Banque Mondiale sont intervenues le lendemain-même sur la monétique (monnaie électronique) pour montrer que c'était en marche au Congo (c'est important, puisque le moteur principal du commerce électronique est le paiement sur Internet). Me voici en train de me cacher derrière le micro : (la photo de face sera dans le premier rapport de mission)
Alain derrière un micro

Je vous ai déjà parlé des projets dans lesquels j'étais impliqué. Pour l'instant, il n'y a pas d'évolution sur les projets partenariat ENSSAT — l'ENSSAT a été contactée et le sujet doit être abordé — et olympiades informatiques — le sujet intéresse beaucoup les assistants mais dans l'immédiat il y a plus urgent — par contre d'autres projets se dégagent. Notamment, et celui-ci avance très vite, une évolution sur les stages. Jusqu'à présent, le stage de fin d'étude, en G3, durait un mois. Une démarche d'évolution est en cours pour proposer une nouvelle formule, de trois mois, ce qui a évidemment un impact sur l'organisation globale des stages. Du coup, une équipe d'enseignants dont je fais partie s'est constituée pour créer un document régissant le cadre du stage de fin d'études. On y parle de l'échéancier, de la recherche de stage, du contenu, de la vie en stage et de l'évaluation. C'est très intéressant, surtout de se dire que le résultat va se voir très vite puisque ça concerne ceux qui sont actuellement en G3.

Ce que je trouve très motivant, c'est la réactivité de l'équipe d'enseignement et direction de l'ESIS : par exemple, pour cette évolution des stages, j'en ai parlé informellement avec M. Albert lundi soir, mercredi soir nous avons abordé en réunion le sujet et constitué l'équipe et ce matin (jeudi) nous avons commencé à débroussailler le sujet. Ça donne envie de se lancer dans des choses en voyant que ça peut avancer rapidement. Même s'il y a d'autres projets dont le résultat est davantage sur le long terme, certains efforts sont vite récompensés.

Et à côté ?

Samedi, j'ai soupé avec Sébastien, Pierre-André, Hélène, Raphaël, Laurent, Jeanne et Christine chez ces deux dernières. C'était l'occasion de retrouver tous les volontaires Fidesco de Lubumbashi, dont Laurent et Jeanne que je n'avais pas encore vus (en tout cas, pas au Congo). Le souper a été très sympathique, avec un temps de partage enrichissant. Ça s'est terminé à la bougie (troisième phase : suite et fin), et les chèvres que j'avais rapportés de France ont eu leur petit succès (il y en a quand même un qui avait pris beaucoup de goût, même pour des Français de France). Mais c'était à l'image du reste du repas, car Christine est une fine cuisinière.

Hier soir, avec les autres volontaires de Salama (Sébastien, Pierre-André, Hélène et Raphaël) j'ai été invité à souper dans une famille congolaise. Nous avons été très bien reçus par Mme Jeanne et ses enfants. Ça fait partie de l'intégration locale que de rencontrer les gens chez eux, et en plus nous avons eu un dîner congolais, avec de la viande de chèvre (ici on ne connaît pas le fromage de chèvre, mais la viande est très bonne), de la viande boucanée, etc... c'était une très bonne soirée !

Bientôt Noël !

Et vous, qu'allez-vous faire dans un pays froid pour Noël ? De mon côté, je pars avec Pierre-André et Sébastien, ainsi que M. Abel (un Congolais) à Kilwa près du Lac Moero. C'est vers le nord-est de Lubumbashi, toujours dans la province du Katanga, et il paraît que c'est très beau. Le 19 il y a une récollection pour tous les étudiants de l'ESIS et le 20 nous mettons les voiles. Donc la prochaine fois que vous me lirez sur ce blog, ce sera à mon retour, quand je vous raconterai mes découvertes de Noël.

D'ici là, je vous souhaite à tous, qui me lisez, un très joyeux Noël !

Contenu modifié le 18 décembre 2009 à 17h11

Commentaires [4]
Le 09 décembre 2009 à 21h58
Par où vais-je commencer ?


Jambo les amis !

Après 9 jours à Lubumbashi, j'ai déjà tant de découvertes à vous faire partager (attention à l'indigestion ! J'ajoute des photos pour aérer) que je ne sais par où commencer.

Pas de panique !

Déjà, sachez que la langue officielle est le français, du moins c'est une langue que tout le monde parle. Dans la pratique, il existe quatre langues qui ont le statut de langues nationales, dont le swahili qui est la seule langue qu'on entend dans la rue (en fait, le swahili lushois, une version locales de cette langue). Alors, évidemment, avec le français, vous pourrez toujours vous en tirer — à condition d'intégrer septante et nonante dans votre vocabulaire, on est dans une ancienne colonie belge — mais si vous ne voulez pas vous faire appeler sans arrêt muzungu, il faudra au moins intégrer quelques notions. Vous aurez l'air moins stupide, ainsi, quand un visiteur criera "Hodi ! Hodi !" à votre porte — qui c'est, Odi ? — ou quand on ponctuera votre entrée dans une pièce d'un "Karibu" — non, les rennes ne se rencontrent pas dans la savane — et de toute façon on apprend vite quelques mots indispensables (pour ceux qui veulent s'entraîner, je vous invite à traduire les mots que j'ai glissé — et que je glisserai dans l'avenir — dans mon blog). À écouter Hélène qui est là depuis 3 mois, ça a l'air de s'apprendre assez bien, et j'ai deux ans pour ça.

Qui est là ?

Je parle d'Hélène, mais tous ne savent peut-être pas qui elle est. C'est une volontaire Fidesco, venue avec son mari Raphaël, pour deux ans. Je les connaissais déjà, puisqu'ils sont de ma promo. Hélène est chargée de coordonner des projets salésiens sur Lubumbashi mais aussi tout le reste du Congo, et intervient également dans un centre pour jeunes au niveau de la bibliothèque. Raphaël, quant à lui, dirige l'imprimerie de Salama, un centre d'enseignement professionnel destiné à former des élèves aux métiers de l'imprimerie. Il y a aussi Pierre-André, un autre volontaire, qui se charge de la mécanique auto et dirige le garage-école, autre centre d'enseignement professionnel de Salama. Enfin, Sébastien (que je connais par un heureux hasard, puisque nous avons été amenés à lier connaissance en février dernier quand il était en session d'envoi et moi en discernement) qui est à l'administration de l'ESIS, toujours à Salama, et donc partage mon bureau. On peut noter aussi Laurent, qui est aussi de ma promo, mais qui est en dehors de la ville, ce qui fait que je ne l'ai pas encore revu depuis mon arrivée. Voici Raphaël et Hélène (sur la première photo) et Sébastien (sur la seconde).
Raphaël et Hélène
Sébastien

Les Salésiens ? Salama ? ...

On y vient. Les Salésiens suivent avant tout des principes, donnés par Don Bosco, qui visent l'éducation des jeunes, principalement par un enseignement professionnel. Tout un programme ! Ils sont très présents à Lubumbashi, où se trouve le provincialat (la "capitale" régionale, qui couvre tout le Congo), et ils ont ici plusieurs maisons. Salama est l'un des centres tenus par les Salésiens, où se trouvent plusieurs filières d'enseignement professionnel — imprimerie, électricité, mécanique —, un secondaire (équivalent collège et lycée), l'ITS (Institut Technique de Salama) — comparable à un secondaire technologique en France — et l'ESIS.

Mais il ne faut pas se tromper, tous les professeurs de Salama ne sont pas des Salésiens, on pourrait même dire que la plupart d'entre eux ne sont pas des religieux. En revanche, ils sont pour la plupart des catholiques pratiquants qui partagent la vision éducative des Salésiens.

Ah, je parle de Salama en tant que centre d'éducation, mais c'est aussi le nom de la communauté qui vit à proximité immédiate. C'est là que sont logés Raphaël, Hélène, Pierre-André et Sébastien. De mon côté, je suis logé au provincialat, à 20 minutes à pied — au rythme européen, sinon c'est 30 — de Salama. J'ai une chambre (avec toilette et salle de bain, je suis chanceux !) et je soupe avec les pères salésiens, ainsi que les personnes de passage au provincialat. Le midi, je mange généralement à Salama, c'est quand même plus pratique.

Et l'ESIS ?

Donc, l'ESIS (dites "ésisse", École Supérieure d'Informatique de Salama, forme des ingénieurs en informatique. Comme les études se font en 3 ans, on appellerait ça une licence dans le langage LMD mais ici c'est déjà une solide formation. La première année (G1) est un tronc commun, et les années suivantes, G2 et G3, sont des années de filières. Plus exactement, il y a des cours communs entre les filières, au nombre de quatre, et bien sûr des cours de filières. Les quatre filières sont : "Programmation et bases de données", "Informatique de gestion", "Web et design" et "Technologies et réseaux". Il est question d'ajouter des cours de télécommunications, soit en modifiant la filière réseaux, soit en créant une nouvelle filière. Le directeur des affaires académiques de l'ESIS (équivalent de directeur d'école) est M. Albert, et le secrétaire des affaires académiques est M. Polydor.

Tout ceci ne dit pas ce que j'y fais

Ah, je savais que vous finiriez par me poser la question. Si je vous disais que je n'ai pas encore commencé à donner des cours, à moins d'être vous-même volontaire vous me diriez : "Comment ?! Mais je croyais que tu y allais pour être professeur ?!" Hé oui ! Il faut être patient, tout vient à point pour qui sait attendre. Déjà, il faut découvrir ! Vous connaissez les difficultés des premiers jours, quand on vous présente un tas de personnes en vous disant : "Je te présente Élie", "Voici Valéry", "Gervais, je te présente Alain", etc... Mais, en tout respect des Congolais, quand on n'est pas habitués à différencier un Africain d'un autre Africain, c'est quand même pas facile. Alors, il faut faire preuve d'humilité et redemander parfois 5 fois son prénom à une personne qu'on côtoie tous les jours, ou alors utiliser des ruses de Sioux pour ne pas passer pour un poisson rouge. Alors, c'est déjà une tâche.

Ensuite, je suis arrivé en cours de session, les cours étaient déjà commencés, donc il me faut attendre mon tour, en quelque sorte. Et les attributions se font après des discussions, pour connaître un peu mes attentes, mes compétences, puisque mon CV ne disait pas tout. C'est aussi au fur et à mesure de discussions que s'inventent des cours, pour compléter ceux qui sont déjà prévus. C'est ainsi que je vais tenir une conférence sur le commerce électronique vendredi, devant les G2 et les G3 — une centaine en tout, le baptême du feu — et que je vais donner un cours sur la gestion de projet informatique — à distinguer de la gestion de projet en général — qui n'était pas prévu. Je préfère ne pas parler des autres cours pour l'instant puisque je ne sais pas encore dans le détail ce que je ferai.

À part ça, je suis aussi amené à réaliser des petits travaux d'informatique/bureautique, mener des discussions passionnantes avec notre fournisseur d'accès Internet qui essaie d'expliquer pourquoi notre connexion est si mauvaise, quand elle existe — hier, ils avaient oublié de remettre de l'essence dans le réservoir du groupe électrogène qui alimente le relais WiMax — et boire du café que Mama Eudo prépare très bien.

Par ailleurs, je vais être impliqué dans l'élaboration du programme télécom dont je parlais plus haut, ceci du fait de mon expérience dans les télécommunications. Il y aussi une junior entreprise à l'ESIS, qui a tout juste un an, et qui a besoin de conseils (mais ils doivent venir les demander !), c'est là que joue l'implication (bien que mineure) que j'ai eue dans la JE de l'ENSSAT (mon ancienne école d'ingénieurs).

Enfin, mon imagination et ma créativité sont mises à contribution, ce qui fait que j'ai lancé l'idée d'olympiades d'informatiques au sein de l'ESIS, ainsi que l'idée de créer un partenariat avec l'ENSSAT. Deux affaires à suivre... Ici, tout est à imaginer, créer, faire : l'ESIS date de 2002, c'est donc une école jeune dans un pays jeune (du point de vue technologique), et tous les projets sont intéressants. Imginez un bac à sable...

C'est tout ?

J'arrive presque au bout de cet article (reader's indigest?), je raconte juste en quelques mots ce que je fais en dehors. Ben oui, je ne vis pas que pour l'école ! Pas encore, en tout cas, Sébastien m'a intimé l'ordre de ne pas faire comme lui

J'ai donc rejoint un groupe de prière, où sont aussi Sébastien, Raphaël et Hélène, on se retrouve le jeudi soit à l'église de Saint Éloi, et c'est très sympa. Nous ne sommes pas très nombreux (une dizaine), mais l'ambiance est vraiment agréable, avec des personnes qui vous accueillent à bras ouverts et avec une mine joyeuse (en fait, comme toutes les personnes que j'ai rencontrées jusqu'à présent).

Il y a aussi des fêtes organisées par la communauté de Salama, comme samedi dernier pour les amis de Don Bosco (les proches de la communauté de Salama), dont voici une photo (où vous pouvez voir Pierre-André dansant au milieu des Congolaises... il a été applaudi !).
Pierre-André dansant au milieu des Congolaises... il a été applaudi !

Et hier, pour l'Immaculée Conception, c'était la grande fête à l'école, rassemblant les secondaires, ITS et ESISsiens. Avec à la fin le makoleko, du lait sucré servi avec du pain (2000 pains de la taille d'une demi-baguette avaient été commandés !).

Ouf !

Oui, cette fois, j'ai bien fini. Je n'ai pas parlé de la santé, mais tout va bien, je n'ai pas encore chopé la malaria, je n'ai pas encore eu la turista — je parlerai de l'alimentation dans un autre article, ce soir il se fait tard (il y a une heure de décalage avec la France quand elle est à l'heure d'hiver) —, la température est très supportable et les automobilistes pour qui les piétons sont invisibles n'ont pas encore réussi à m'écraser. Bonsoir ! (juste pour ceux qui ne me croiraient pas sur mon état de santé, une petite photo)
 
Alain-avec-une-barbe

Contenu modifié le 16 décembre 2009 à 08h30

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