Jambo les amis !
Après 9 jours à Lubumbashi, j'ai déjà tant de découvertes à vous faire partager (attention à l'indigestion ! J'ajoute des photos pour aérer) que je ne sais par où commencer.
Pas de panique !
Déjà, sachez que la langue officielle est le français, du moins c'est une langue que tout le monde parle. Dans la pratique, il existe quatre langues qui ont le statut de langues nationales, dont le swahili qui est la seule langue qu'on entend dans la rue (en fait, le swahili lushois, une version locales de cette langue). Alors, évidemment, avec le français, vous pourrez toujours vous en tirer — à condition d'intégrer septante et nonante dans votre vocabulaire, on est dans une ancienne colonie belge — mais si vous ne voulez pas vous faire appeler sans arrêt muzungu, il faudra au moins intégrer quelques notions. Vous aurez l'air moins stupide, ainsi, quand un visiteur criera "Hodi ! Hodi !" à votre porte — qui c'est, Odi ? — ou quand on ponctuera votre entrée dans une pièce d'un "Karibu" — non, les rennes ne se rencontrent pas dans la savane — et de toute façon on apprend vite quelques mots indispensables (pour ceux qui veulent s'entraîner, je vous invite à traduire les mots que j'ai glissé — et que je glisserai dans l'avenir — dans mon blog). À écouter Hélène qui est là depuis 3 mois, ça a l'air de s'apprendre assez bien, et j'ai deux ans pour ça.
Qui est là ?
Je parle d'Hélène, mais tous ne savent peut-être pas qui elle est. C'est une volontaire Fidesco, venue avec son mari Raphaël, pour deux ans. Je les connaissais déjà, puisqu'ils sont de ma promo. Hélène est chargée de coordonner des projets salésiens sur Lubumbashi mais aussi tout le reste du Congo, et intervient également dans un centre pour jeunes au niveau de la bibliothèque. Raphaël, quant à lui, dirige l'imprimerie de Salama, un centre d'enseignement professionnel destiné à former des élèves aux métiers de l'imprimerie. Il y a aussi Pierre-André, un autre volontaire, qui se charge de la mécanique auto et dirige le garage-école, autre centre d'enseignement professionnel de Salama. Enfin, Sébastien (que je connais par un heureux hasard, puisque nous avons été amenés à lier connaissance en février dernier quand il était en session d'envoi et moi en discernement) qui est à l'administration de l'ESIS, toujours à Salama, et donc partage mon bureau. On peut noter aussi Laurent, qui est aussi de ma promo, mais qui est en dehors de la ville, ce qui fait que je ne l'ai pas encore revu depuis mon arrivée. Voici Raphaël et Hélène (sur la première photo) et Sébastien (sur la seconde).

Les Salésiens ? Salama ? ...
On y vient. Les Salésiens suivent avant tout des principes, donnés par Don Bosco, qui visent l'éducation des jeunes, principalement par un enseignement professionnel. Tout un programme ! Ils sont très présents à Lubumbashi, où se trouve le provincialat (la "capitale" régionale, qui couvre tout le Congo), et ils ont ici plusieurs maisons. Salama est l'un des centres tenus par les Salésiens, où se trouvent plusieurs filières d'enseignement professionnel — imprimerie, électricité, mécanique —, un secondaire (équivalent collège et lycée), l'ITS (Institut Technique de Salama) — comparable à un secondaire technologique en France — et l'ESIS.
Mais il ne faut pas se tromper, tous les professeurs de Salama ne sont pas des Salésiens, on pourrait même dire que la plupart d'entre eux ne sont pas des religieux. En revanche, ils sont pour la plupart des catholiques pratiquants qui partagent la vision éducative des Salésiens.
Ah, je parle de Salama en tant que centre d'éducation, mais c'est aussi le nom de la communauté qui vit à proximité immédiate. C'est là que sont logés Raphaël, Hélène, Pierre-André et Sébastien. De mon côté, je suis logé au provincialat, à 20 minutes à pied — au rythme européen, sinon c'est 30 — de Salama. J'ai une chambre (avec toilette et salle de bain, je suis chanceux !) et je soupe avec les pères salésiens, ainsi que les personnes de passage au provincialat. Le midi, je mange généralement à Salama, c'est quand même plus pratique.
Et l'ESIS ?
Donc, l'ESIS (dites "ésisse", École Supérieure d'Informatique de Salama, forme des ingénieurs en informatique. Comme les études se font en 3 ans, on appellerait ça une licence dans le langage LMD mais ici c'est déjà une solide formation. La première année (G1) est un tronc commun, et les années suivantes, G2 et G3, sont des années de filières. Plus exactement, il y a des cours communs entre les filières, au nombre de quatre, et bien sûr des cours de filières. Les quatre filières sont : "Programmation et bases de données", "Informatique de gestion", "Web et design" et "Technologies et réseaux". Il est question d'ajouter des cours de télécommunications, soit en modifiant la filière réseaux, soit en créant une nouvelle filière. Le directeur des affaires académiques de l'ESIS (équivalent de directeur d'école) est M. Albert, et le secrétaire des affaires académiques est M. Polydor.
Tout ceci ne dit pas ce que j'y fais
Ah, je savais que vous finiriez par me poser la question. Si je vous disais que je n'ai pas encore commencé à donner des cours, à moins d'être vous-même volontaire vous me diriez : "Comment ?! Mais je croyais que tu y allais pour être professeur ?!" Hé oui ! Il faut être patient, tout vient à point pour qui sait attendre. Déjà, il faut découvrir ! Vous connaissez les difficultés des premiers jours, quand on vous présente un tas de personnes en vous disant : "Je te présente Élie", "Voici Valéry", "Gervais, je te présente Alain", etc... Mais, en tout respect des Congolais, quand on n'est pas habitués à différencier un Africain d'un autre Africain, c'est quand même pas facile. Alors, il faut faire preuve d'humilité et redemander parfois 5 fois son prénom à une personne qu'on côtoie tous les jours, ou alors utiliser des ruses de Sioux pour ne pas passer pour un poisson rouge. Alors, c'est déjà une tâche.
Ensuite, je suis arrivé en cours de session, les cours étaient déjà commencés, donc il me faut attendre mon tour, en quelque sorte. Et les attributions se font après des discussions, pour connaître un peu mes attentes, mes compétences, puisque mon CV ne disait pas tout. C'est aussi au fur et à mesure de discussions que s'inventent des cours, pour compléter ceux qui sont déjà prévus. C'est ainsi que je vais tenir une conférence sur le commerce électronique vendredi, devant les G2 et les G3 — une centaine en tout, le baptême du feu — et que je vais donner un cours sur la gestion de projet
informatique — à distinguer de la gestion de projet en général — qui n'était pas prévu. Je préfère ne pas parler des autres cours pour l'instant puisque je ne sais pas encore dans le détail ce que je ferai.
À part ça, je suis aussi amené à réaliser des petits travaux d'informatique/bureautique, mener des discussions passionnantes avec notre fournisseur d'accès Internet qui essaie d'expliquer pourquoi notre connexion est si mauvaise, quand elle existe — hier, ils avaient oublié de remettre de l'essence dans le réservoir du groupe électrogène qui alimente le relais WiMax — et boire du café que Mama Eudo prépare très bien.
Par ailleurs, je vais être impliqué dans l'élaboration du programme télécom dont je parlais plus haut, ceci du fait de mon expérience dans les télécommunications. Il y aussi une junior entreprise à l'ESIS, qui a tout juste un an, et qui a besoin de conseils (mais ils doivent venir les demander !), c'est là que joue l'implication (bien que mineure) que j'ai eue dans la JE de l'ENSSAT (mon ancienne école d'ingénieurs).
Enfin, mon imagination et ma créativité sont mises à contribution, ce qui fait que j'ai lancé l'idée d'olympiades d'informatiques au sein de l'ESIS, ainsi que l'idée de créer un partenariat avec l'ENSSAT. Deux affaires à suivre... Ici, tout est à imaginer, créer, faire : l'ESIS date de 2002, c'est donc une école jeune dans un pays jeune (du point de vue technologique), et tous les projets sont intéressants. Imginez un bac à sable...
C'est tout ?
J'arrive presque au bout de cet article (reader's indigest?), je raconte juste en quelques mots ce que je fais en dehors. Ben oui, je ne vis pas que pour l'école ! Pas encore, en tout cas, Sébastien m'a intimé l'ordre de ne pas faire comme lui
J'ai donc rejoint un groupe de prière, où sont aussi Sébastien, Raphaël et Hélène, on se retrouve le jeudi soit à l'église de Saint Éloi, et c'est très sympa. Nous ne sommes pas très nombreux (une dizaine), mais l'ambiance est vraiment agréable, avec des personnes qui vous accueillent à bras ouverts et avec une mine joyeuse (en fait, comme toutes les personnes que j'ai rencontrées jusqu'à présent).
Il y a aussi des fêtes organisées par la communauté de Salama, comme samedi dernier pour les amis de Don Bosco (les proches de la communauté de Salama), dont voici une photo (où vous pouvez voir Pierre-André dansant au milieu des Congolaises... il a été applaudi !).
Et hier, pour l'Immaculée Conception, c'était la grande fête à l'école, rassemblant les secondaires, ITS et ESISsiens. Avec à la fin le makoleko, du lait sucré servi avec du pain (2000 pains de la taille d'une demi-baguette avaient été commandés !).
Ouf !
Oui, cette fois, j'ai bien fini. Je n'ai pas parlé de la santé, mais tout va bien, je n'ai pas encore chopé la malaria, je n'ai pas encore eu la turista — je parlerai de l'alimentation dans un autre article, ce soir il se fait tard (il y a une heure de décalage avec la France quand elle est à l'heure d'hiver) —, la température est très supportable et les automobilistes pour qui les piétons sont invisibles n'ont pas encore réussi à m'écraser. Bonsoir ! (juste pour ceux qui ne me croiraient pas sur mon état de santé, une petite photo)