Préparer son voyage
Préparer son voyage
    >Index des blogs >Retour aux articles de arnaudannecharlotte

Le 05 janvier 2010 à 10h02
24 heures à Lowundji


Par Arnaud.

Le jour de Noël, Pierre-Albert et Béatrice, notre couple belgo-congolais, après nous avoir offert un repas de Noël digne des meilleures tables de France, nous propose une petite virée à « l’intérieur ». Toute virée à « l’intérieur » comme on dit, consiste à sortir des sentiers de la cité de Lodja. Ce terme prend tout sons sens, lorsqu’une fois hors de la ville, vous vous retrouvez au beau milieu de la forêt équatoriale ou des grandes savanes, peuplées de petits villages… On est vraiment au milieu de nulle part et on comprend pourquoi ils appellent ça « l’intérieur »

Ils partent fêter la fin de l’année à l’école pastorale agricole protestante créée à Lowundji par Pierre-Albert et d’autres pasteurs, et nous proposent de les accompagner. Objectif immersion totale, ça nous plait ! Nous partons les mardi et mercredi après Noël, pour une petite virée à 25km de Lodja.

Profitant d’une petite semaine entre les fêtes, où le travail à Caritas est limité, nous sautons sur l’occasion pour découvrir de nouveaux horizons. Nous ne serons pas déçus !

Départ fixé à 14 heures. Nous partons à 15h30 et arrivons 1h20 plus tard après une belle chevauchée en AG200. On est dans les temps ; c’est plutôt une moyenne correcte ! C’est ma première grosse sortie en moto. Le sac à dos est ficelé à l’arrière de la moto, sans oublier un bidon d’eau de 5 litres (On ne sait jamais quelle eau on va boire…). Et c’est parti pour près d’1h30 de « ride » ! La route est fidèle aux routes qu’on trouve dans les environs : sportive ! Anne-Charlotte, cramponnée à l’arrière, a quelques frayeurs… Essayez de garder le guidon bien droit quand la moto s’enfonce dans le sable !! Pas si simple. Mes pieds serviront souvent à éviter qu’on se renverse tout à fait… On est enchantés ! On respire l’air pur de la savane et un sentiment de liberté infinie nous envahit !! Bon, il est vrai que l’air est tout aussi pur à lodja, mais ici, lancés à au moins 20 km/h (ouaouh !), on file sans être assaillis de « Osungu moyo » « bonjour les blancs ! » et on se sent un peu plus libres.

 
Installation de la moto et départ de chez Pierre et Béatrice
 

Le décor est splendide. On sent vraiment qu’on est au cœur de l’Afrique. Beauté à l’état brut ! Notre arrivée sur le site de la ferme-école est fracassante. Les pasteurs ont choisi une sorte de gigantesque promontoire qui laisse défiler la forêt vierge sous nos yeux. On voit du vert à perte de vue.

  
Traversée de la savane

Nous profitons des belles couleurs de fin de journée pour faire le tour du propriétaire : champs de manioc, de bananiers, d’ananassiers, de riz ; porcherie, étangs de pisciculture. Tout y est ! Les étudiants de l’école ont la matière pour apprendre.

  
De gauche à droite: le site de la ferme-école; Visite du champs d'ananas; Nous nous essayons à piller le riz, c'est pas facile!!
 

Pierre-Albert a un crédo : l’évangélisation par le travail. Il en a même écrit un bouquin. Et c’est exactement ce qu’il a essayé de reproduire ici à Lowundji avec cette école. Il s’est associé avec d’autres pasteurs de différentes communautés protestantes (méthodistes, indépendants, Trompettes de Jericho, etc) et ont bâtit ensemble cette école pastorale.
Son concept est simple. Les pasteurs enseignent à d’autres pasteurs issus de le district du Sankuru, les techniques agricoles locales. 7 familles de pasteurs vivent donc sur le lieu de l’école le temps d’un cycle de 18 mois et retournent ensuite dans leurs villages pour prêcher et remettre le travail de la terre au centre de leur pastorale… une solution pour le développement du Sankuru, dont la terre est l’une des plus riches du Congo et malheureusement sous-exploitée de chez sous-exploitée…
Cette initiative peut paraître anodine et simple, mais elle constitue une véritable révolution dans le contexte de pensée congolais. Comment ? Quoi !! Des pasteurs se mettent à travailler la terre ? Voilà ce que les gens disent. Parce qu’ici, lorsqu’on est quelqu’un d’important, donc par exemple un prêtre ou un pasteur, un notable, un politique ou n’importe qui d’autre qui détient un peu de pouvoir, il n’est plus question de travailler la terre… ce n’est pas « respectable » ! Voilà donc l’idée de Pierre-Albert : responsabiliser les pasteurs et les mettre au premier plan du développement. Intéressant. Bientôt, souhaitons-le, des diacres catholiques viendront compléter les bancs de l’école, offrant à la province une belle leçon d’œcuménisme. Alleluia ! Amen ! Alleluia !

  
De gauche à droite: Nous deux devant le site de la ferme école; la famille de Pierre et Béatrice; le site de la ferme-école
 

Pendant que Pierre-Albert nous explique tout ça, je m’émerveille de la manière dont ils ont transformé cette partie de la forêt vierge en centre d’exploitation agricole. Ça paraît si simple et tout pousse si bien que je m’interroge encore sur le pourquoi de tous ces gens qui meurent de faim au Sankuru. L’agriculture a sa place, ça c’est sûr, et ce qui est encore plus évident, quand on voit les lacunes, c’est que pour amorcer le décollage, il faut remettre les populations à la culture de leur propre terre. D’où l’idée de former des élites qui formeront à leurs tours les communautés de leurs villages…

La ballade achevée, repos et attente du dîner qui n’arrivera que vers minuit ! Le soir, c’est la fête ! Tous les villageois des villages alentours sont présents. Les pasteurs et les villageois fêtent la première année de fonctionnement de l’école. Les résultats sont encourageants. Les gens discourent. Les gens applaudissent. On chante, on danse, on prie. Nous sommes heureux d’être là. C’est aussi l’occasion pour nous de nous présenter, de découvrir d’autres communautés, de montrer que catholiques et protestants servent le même objectif : le développement du Sankuru.
Nous nous couchons vers 2 heures du mat et pourtant la nuit sera longue ! Impossible de dormir sur le petit matelas en mousse disposé dans cette chambre aux murs de boue et au toit de chaume.

  
De gauche à droite : des familles vivant sur le site de la ferme-école ; Fête le soir ; 6 des 7 étudiants de la ferme école
 

Le lendemain, nous sortons de l’école pour nous enfoncer le temps d’une balade dans les profondeurs de la forêt primaire avec ses arbres majestueux. Nous rentrons et recevons la visite d’un autre chef de village et de toute sa délégation. Toque en léopard et bâton antédiluvien à la main, il parle seulement après avoir fait résonner la cloche qui ne quitte pas sa seconde main. Ça doit être quelqu’un d’important. Palabres, présentations. Les pasteurs lui présentent la ferme et lui les difficultés qu’il éprouve pour faire décoller son village. C’est comme ça qu’on arrive au bout de 2 heures de « causerie » comme on dit ici, à lui proposer un projet conjoint : Caritas, organisme catholique, s’associera avec les pasteurs protestants et les communautés des villages alentours pour réhabiliter un tronçon de piste impraticable par les véhicules, afin de permettre d’acheminer les denrées agricoles produites par les villages du coin. Ça valait le coup de venir !

  
De gauche à droite : Arnaud parlant au nom de Caritas à la réunion du deuxième jour ; Un chef de village ; Avec des pasteurs et des étudiants de la ferme-école
 

Nous rentrons après le repas et la visite des greniers à riz. Je fais ma première chute (heureusement seul ; Anne-Charlotte était descendu tellement le terrain devenait difficile) sur le tronçon de piste dont on a justement discuté de la réhabilitation quelques minutes plus tôt !!!
Comme quoi, il est urgent de refaire cette piste…Alleluia !

   
De gauche à droite : Ballade en forêt puis visite d’un grenier à riz créé par Pierre et Béatrice
 

Bilan, 24 heures productives qui nous ont permis de comprendre encore davantage les enjeux du développement local, de passer de très bons moments avec les villageois, les pasteurs, Pierre et Béatrice, et de profiter de cette nature magnifique…encore une fois, Alleluia !

  
Retour vers Lodja
 
 
Retour vers Lodja


Pour les fans de photos, d'autres photos de cette virée à l'intérieur dans le lien suivant, dans les albums n° "21-1" à "21-4": picasaweb.google.fr/AnneCharlotteDeLaMonneraye


Contenu modifié le 07 janvier 2010 à 17h10



Commentaires

Se connecter pour ajouter un commentaire