Préparer son voyage
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Le 14 juillet 2010 à 22h07
Jusqu'aux chutes de Kiubo !


Chose promise, chose due, même avec deux mois de décalage ! Et au passage, bonne fête à tous les Français en ce 14 juillet ! Ce soir, je suis allé à une réception donnée par le consulat... heureusement que notre Président a maintenu les réceptions organisées par les ambassades, en ces temps de rigueur ;-)


Samedi 15 mai

Comme lundi est fL'itinéraire du voyage, à partir de L'shi, via Likasi et
Bunkeya, jusqu'à Kiuboérié (fête de l'enseignement), on a décidé de profiter de ce week end de trois jours pour faire une petite virée aux chutes de Kiubo. C'est Hélène qui nous a trouvé cette destination, et les photos qu'on a vues étaient suffisamment convaincantes. On s'est monté ce petit projet (un peu au dernier moment, c'est vrai, chacun a un planning chargé) avec les autres volontaire. Les huit passagers en partance : Hélène et Raphaël, Sébastien, Pierre-André, Laurent, et moi, pour les volontaires Fidesco, mais aussi Marie et Nathalia qui sont des bénévoles belges venues donner quelques mois chez les Salésiens de Don Bosco à L'shi.

On a pu récupérer la Land Cruiser des pères, ce qui nous permettra de prendre sans trop de risques la piste. Ce qui nous fait croire aussi que nous n'aurons pas trop de problèmes est que nous sommes en saison sèche : depuis fin avril, il n'est plus tombé une seule goutte d'eau. Des courses ont été faites la veille pour débuter le voyage, même si nous avons prévu de nous ravitailler en route. Pour le trajet, nous partons de L'shi, passons par Likasi, puis Bunkeya, pour finalement arriver à Kiubo et ses chutes, ce qu'on peut suivre sur la carte à gauche. Le retour sera identique, en sens inverse.

9h00 : Départ pour Likasi

La voiture est chargée, deux passagers en plus du conducteur (moi) sont à l'avant et les 5 autres se serrent à l'arrière. En route. À peine sortis de L'shi, nous nous faisons arrêter par les PCR (Police de Circulation Routière). C'est vrai, la limite de vitesse était 40, et j'étais peut-être très légèrement au-dessus, mais certainement pas à 49 km/h. D'ailleurs, je me traînais, car les Congolais ne s'encombraient pas de ces limites : ils dépassaient allègrement 60 km/h sans être inquiétés par les policiers. Mais bon, voilà, délit de faciès, on est blanc donc on a de l'argent. Les 49 km/h, ce n'est pas non plus par hasard : à 10 000 FC (Francs Congolais) le km/h au-dessus de la limite, ça fait une amende de 90 000 FC... soit 100 $ exactement ! Au début, je me suis un peu agacé, mais sur les conseils de mes passagers je me suis calmé et j'ai discuté avec les policiers. On a causé — le PCR nous a même dit que l'amende devait se négocier —, on a rigolé, on a même essayé leur appareil de mesure, etc. et finalement on en a été quitte pour un sucré (un soda). Le truc, c'est de sympathiser avec le policier, ne pas lui montrer qu'on est pressé — non, non, on a 350 km à faire et on vient de partir, mais c'est pas grave — et surtout ne pas perdre patience.

Enfin, bon, nous sommes repartis, en faisant particulièrement attention à ralentir exagérément quand il y avait une limite de vitesse, à la traversée d'un village. Tout en sachant bien que si nous croisions de nouveau des PCR, nous serions encore arrêtés. Nous sommes finalement arrivés à Likasi vers 11h30, après 120 km de route asphaltée parcourus en 2 heures... la meilleure partie du chemin sur les 350 km du trajet.

12h30 : pèlerinage et pique-nique

Après avoir acheté des provisions — arachides, conserves de poisson, corned beef, beignets, bananes, etc. — nous rejoignons le domaine marial de Likasi. En fait, une colline surmontée d'une grande croix, avec une grotte mariale à mi-hauteur. Nous sommes donc montés, en croisant d'autres pélerins, nous avons admiré le lieu, qui offre aussi un magnifique panorama sur toute la région de Likasi. Puis nous sommes redescendus profiter de notre pique-nique mérité. Nous étions l'attraction du moment, avec des dizaines d'enfants, tout autour de nous, qui nous observaient déballer nos vivres.

 Une partie du domaine marial, avec à mi-hauteur la grotte mariale Le quartier de la Cité, à Likasi, vu depuis le domaine marial | Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution
Hélène et les enfants
En haut à gauche, on voit une partie du domaine marial, avec à mi-hauteur la grotte mariale. À droite, une vue sur un quartier de Likasi depuis le sommet du domaine marial. En bas, Hélène est entourée d'enfants, quel succès !

Nous avons aussi reçu la visite du catéchiste de la paroisse, qui nous a fait un interrogatoire — en plein milieu du repas — car nous avions dérogé à la coutume. Nous avons ainsi appris que nous étions une délégation — nous pensions n'être que des voyageurs, des touristes — et que nous aurions dû nous faire annoncer auprès de la paroisse de Likasi — alors que nous n'étions là que pour deux heures. Il est vrai qu'au Congo, une importance toute particulière est attachée à la forme, aux modalités, chacun ayant sa place et jouant son rôle dans une immense pièce de théâtre. Nous avions commis l'erreur de ne pas jouer correctement notre rôle et un autre acteur nous rappelait à l'ordre. Un peu comme lorsqu'à Kasenga nous avions passé un interrogatoire avec la police des frontières. Finalement, tout s'est bien terminé et nous avons pu terminer nos sandwiches et repartir.

Puisque nous sommes à l'étape Likasi, j'en profite pour parler un peu de cette ville. Située suffisamment loin de L'shi pour avoir sa propre région économique, Likasi est un centre minier et un nœud de communication en plein développement, grâce notamment à son maire qui travaille d'arrache-pied à la faire se développer. La devise de la ville : Aere laboreque (par le cuivre et le travail). Enfin, elle fait partie des villes les plus touristiques du Congo.

14h00 : en direction de Bunkeya

Nous sommes déjà repartis de Likasi car la route est longue jusqu'à Bunkeya, lieu où nous ferons étape ce soir. Déjà, la route n'est plus asphaltée, mais elle est de bonne qualité. Seul défaut : comme nous sommes en saison sèche, nous soulevons un nuage de poussière rouge à notre passage... et évidemment ceux que nous croisons font de même, c'est alors l'ordre général de fermer les écoutilles (les vitres) pour éviter de tout respirer. Nous avons aussi mal pour les autres usagers de la piste, à pied ou à vélo, qui récupèrent tout dans les poumons, mais nous pouvons difficilement faire quelque chose. Nous observons aussi les conséquences sur les arbres, beaucoup de manguiers, qui bordent la route : les feuilles sont devenues rouges à la place du vert foncé qu'elles montrent habituellement.

À quelques kilomètres de Likasi, nous avons déjà le droit à une discussion avec des policiers, qui évidemment trouvent une bonne raison de nous coller une amende : cette fois, c'est le permis provisoire qui n'est pas valide — en réalité, il est valable dans tout le Katanga, c'est juste une ruse, de dire qu'il n'est valable qu'à L'shi. C'est encore moi qui conduis — personne ne m'a disputé le volant — et je discute avec le policier, sans descendre de voiture cette fois. Il est un peu éméché et la discussion n'avance pas jusqu'à ce qu'une de ses collègues le fasse décrocher.

Cinq kilomètres plus loin, c'est le péage — ce n'est pas pour rien que la piste est entretenue — et on se fait encore arrêter, toujours à cause du permis — sans doute le truc le plus éculé dans la région de Likasi pour faire payer les bazungu naïfs. Cette fois, la patience commence à faire défaut, mais le PCR est aussi moins tenace et on reprend la route. Ça roule bien jusqu'à ce qu'on quitte, à Luambo, la piste principale pour une piste secondaire.

15h00 : le rodéo a commencé

L'état de la piste est de pire en pire, la vitesse moyenne ne dépasse pas 25 km/h. On atteint des pointes de 40 km/h mais l'instant d'après il faut freiner pour prendre doucement la bosse, le trou, et ce ne sont pas de petites irrégularités. On a parfois l'impression d'une mer secouée qui aurait été pétrifiée. En fait, c'est à cause des camions qui empruntent aussi la piste et qui la creusent, surtout à la saison des pluies quand tout devient boueux. Forcément, même si la Land Cruiser peut passer partout, il faut ménager les amortisseurs et... les passagers arrières qui font des bonds, sont secoués de droite à gauche et d'avant en arrière, la totale, quoi ! Un cauchemar pour ceux qui ont des problèmes de dos.

A un moment, Hélène me relaie pour tester la piste, et pour moi c'est l'occasion de découvrir les souffrances des passagers arrières. Oui, c'est vrai que ça secoue. Surtout que les passagers, à l'arrière, ne font pas face à la route comme dans une voiture, mais sont face à face. Aussi, un coup d'accélérateur et nous partons vers l'arrière, un coup de frein et nous nous écrasons vers l'avant. Finalement, nous arrivons à Bunkeya vers 17h30 : pour faire quelques 70 km, nous avons mis un peu moins de trois heures (si on enlève les arrêts-PCR). Ouf !

Une des rares voitures que nous croiserons, suivies de son nuage de poussière Tout le monde sur le toit, sauf le photographe !
Le photographe, moi
En haut à gauche, un des rares véhicules que nous avons croisés sur notre route, archi-chargé, et suivi de son nuage de poussière. Sur la voiture, de gauche à droite : Pierre-André, Hélène, Sébastien, Marie, Raphaël, Nathalia et Laurent. Le photographe est resté à terre.

18h00 : bien installés pour la nuit

Nous avons été accueillis par une mission d'une ONG belge, Volens, qui a mis à notre disposition des chambres, des toilettes et un salon. Certains ont même un lit ! (je fais partie des heureux gagnants)

Après avoir satisfait notre estomac avec ce que nous avions acheté le midi à Likasi et complété le soir à Bunkeya — on a trouvé de la canne à sucre, petit plaisir sucré ! — nous nous souhaitons bonne nuit. Enfin, pas tous : les mordus du jeu — Marie, Sébastien, Pierre-André et moi — trouvent encore la force de brasser quelques fois le paquet de cartes pour une partie de barbu — un jeu qu'il est trop bien que j'ai appris aux autres volontaires — puis secouer les dés pour une partie de Perudo — un autre jeu, que j'ai apporté de France dans mes valises. Et puis, ivres de sommeil, nous nous écroulons dans nos lits respectifs.

Un petit mot sur Bunkeya, une ville qui n'a rien à voir avec Likasi dont elle est distante d'environ 60 km : cette ville est principalement agricole, au milieu des collines, avec une histoire particulière. En effet, ce fut la résidence de M'Siri, chef des Bayeke, et donc en quelque sorte la capitale du Katanga. M'Siri établit une résistance pour faire barrage aux Européens, et son assassinat, à Bunkeya en 1891, fut le symbole de la colonisation du Congo.


Dimanche 16 mai

Aujourd'hui, c'est l'Ascension ! « Comment ?! » allez-vous me dire. Oui, c'est vrai, normalement ça tombe un jeudi, mais pas ici. Pourquoi ? Personne, de tous ceux que nous avons interrogés, n'a su nous l'expliquer. Au programme : après la messe, on file directement jusqu'aux chutes, pas le choix si on veut en profiter. Nous ne savons pas encore où nous dormirons ce soir, mais cette question ne nous préoccupe pas pour l'instant.

7h00 : l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt

Ce n'est pas aujourd'hui que nous ferons la grasse matinée, car la messe est à 8h00. Pas question de traîner, il faut qu'à la sortie de la messe nous puissions repartir au plus vite. Heureusement, les Congolais se lèvent tôt — en levant habituellement à 6h30 quand j'ai cours, je fais figure de lève-tard ! — et nous pouvons faire des courses de ravitaillement. Comme nous ne savons pas trop à quoi nous attendre à Kiubo, il vaut mieux aussi avoir le stock pour tenir jusqu'à demain midi. Nous rachetons aussi de la canne à sucre, parce que c'est quand même trop bon — on enlève la peau, on mâchouille, et un jus sucré coule dans nos gorges — et des bouteilles d'eau, seul moyen d'avoir de l'eau certifiée potable — comprendre : que notre système digestif d'Européen accepte — avec nous.

L'église de Bunkeya Un borrassus autour duquel a poussé un arbre
À gauche, l'église de Bunkeya, construite en briques rouges. À droite, si vous regardez bien, vous verrez qu'un borrassus (une sorte de palmier) est prisonnier d'un autre arbre. Étonnant, non ?
 
 
 
La messe débute à l'heure, ce n'est pas un prêtre qui célèbre mais un animateur paroissial car le curé visite des églises de la paroisse. La célébration est très animée, mais j'ai encore du mal — c'est un euphémisme — avec le swahili. À la fin de la messe, le célébrant nous appelle à nous lever, nous les voyageurs, et un chant est entonné en notre honneur, c'est touchant. La messe aura duré 1h30, durée qui nous avait été annoncée par nos hôtes mais à laquelle nous ne croyions pas.

10h30 : combien d'œufs par personne, pour une omelette ?

Nous avons repris la rouDes montagnes russes dans la pistete depuis bientôt une heure. Au début, la route était plutôt bonne, on voyait qu'elle avait été refaite depuis la saison des pluies. Mais très vite nous avons retrouvé le même type de route qu'hier. Ça y est, ça secoue à nouveau comme hier. C'est Sébastien qui conduit, une conduite un peu trop sportive à mon goût mais qui fait remonter la moyenne. Oui, de mon côté, j'ai pris la réputation de conduire comme un papy. En attendant, ça secoue. On cherche toute sorte d'astuce pour se caler un peu, bouger le moins possible, amortir les chocs avec les couvertures, mais ça ne suffit pas. Ci-contre, une photo qui vous montre un peu l'état de la piste...
 
Soudain, c'est le drame, on s'embourbe. Même si la saison sèche est arrivée, il reste des flaques isolées, ici et là... Et quand la piste ressemble à des montagnes russes, on ne peut pas reprocher au conducteur d'avoir pris le chemin qui semblait le plus facile. Heureusement, nous parvenons à dégager la voiture et à reprendre la route. Et c'est reparti pour les montagnes russes !

13h00 : plouf à nouveau !

Cette fois, la boue n'était même pas visible : la surface séchée cachait tout, tel un piège diabolique. Mais quand un Land Cruiser chargé passe sur une mince couche de boue séchée, ça fait un grand plouf ! Il y a de la boue jusqu'à l'essieu et nous ne voyons pas comment nous allons nous en sortir. Le mode 4×4 ne change rien. Déjà, nous ramassons des morceaux de bois pour les glisser sous les roues et donner une prise à la voiture. Las, ça ne donne rien. Et la brousse est en train de flamber à une centaine de mètres de nous. Les feux de brousse sont interdits au Congo, mais volontairement ou involontairement les Congolais continuent à les allumer, ce qui détruit la brousse et tout l'écosystème qui s'y trouve. Pour nous, ce sont les flammes qui se rapprochent et certains ne sont pas très rassurés.

Heureusement, les secours arrivent ! En fait, ce sont d'autres usagers de la piste qui arrivent à vélo et nous prêtent main forte pour sortir le véhicule de cette boue. Tous ensemble, en poussant, en tirant, en essayant différentes manœuvres, nous finissons par réussir. Certains se sont décorés pour l'occasion, comme Marie qui est tombée à pieds joints dans le bain de boue — et a quand même réussi à retrouver ses tongs dans la boue ! Après les remerciements à nos sauveurs, un lavage sommaire — nous ne pouvions pas utiliser toute notre eau potable pour rincer la boue — et une heure de perdue, il est plus que temps de repartir.
 
On pousse ! C'est vraiment mal barré !
Marie prend un bain de boue
On pousse fort ! Mais pour être embourbée, c'est indiscutable. Heureusement que nous avons eu de l'aide, quand à Marie, elle peut désormais vous expliquer comment prendre un bain de boue en une leçon ;-)

C'est moi qui reprend le volant, pour quelques kilomètres seulement : je n'ai pas vu un trou que j'ai pris à toute vitesse, on a entendu un « Bong ! », c'étaient les passagers arrières. Le choc a été si fort qu'ils ont sauté jusqu'au plafond (d'où le « Bong ! ») ! J'abandonne donc le volant à Pierre-André, pour le reste du voyage.

14h30 : ouf, nous sommes arrivés !

Ça y est ! Les voici, les fameuses chutes ! Enfin, ça n'a pas été une mince affaire d'y arriver. Et même à la fin, en suivant les panneaux — si, si, je vous assure, il y avait des panneaux indicateurs ! — nous sommes arrivés sur une propriété. Une mauvaise blague ? Non, tout simplement, le site des chutes de Kiubo a été  acheté par un Congolais haut placé. Révoltant pour un Européen, mais ensuite ? Toujours est-il que sur ce site, plus précisément en bas des chutes, au confluent entre la Lufira et un de ses affluents, des habitations de luxe sont en construction pour des touristes argentés. Par chance, le site n'est pas encore ouvert, et il n'y a donc aucun tarif à ce jour. Comprendre : le propriétaire nous accueille généreusement dans une de ses "huttes" pour la nuit. La question du couchage réglée et les photos prises avec pour arrière-plan les grandes chutes, nous nous dirigeons pour une baignade dans les petites chutes.

Les huttes du site
Deux des douze "huttes" d'un site magnifique, et bien agencé.

Grandes chutes ? Petites chutes ? Késako ? En fait, comme je vous l'ai dit, nous sommes au confluent de la Lufira avec un autre cours d'eau. À quelques 500 mètres en amont de ce confluent, il y a les grandes chutes sur la Lufira, assez impressionnantes, plus par leur largeur que par leur hauteur. Sur l'affluent, il y a des petites cascades successives, ce qui rend la baignade tout à fait possible et sans risque.
 
Les grandes chutes Les grandes chutes, avec quelques uns d'entre nous au premier plan
Les petites chutes dans leur écrin de verdure Les petites chutes, avec l'effet de pose prolongée de Sébastien
Encore une photo de groupe, cette fois avec les petites chutes en arrière-plan
Tout en haut, les grandes chutes, qui font quand même 60 mètres de haut, mais qui sont surtout très larges. Les petites chutes sont bien moins impressionnantes, mais l'écrin de verdure dans lequel elles sont et le petit chemin qui y mène leur confèrent un tout autre charme. On remarquera à droite la photo pose longue de Sébastien, que personnellement je trouve très réussie. Et puis, pour ce qui est de la dernière photo, tout le groupe est là.

C'est à qui se plongera le premier dans l'eau ! Enfin, plonger, c'est vite dit : dans ces chutes à étages, il n'y a de l'eau que jusqu'aux mollets, maximum aux genoux, sauf en bas, dans la rivière. Et là, le véritable plaisir est de se mettre sous la cascade et d'apprécier le massage — un peu violent par endroit — qui tombe sur le dos. On se baigne un peu dans la rivière en contrebas. On apprécie enfin d'être là, on prend des photos, on prend avec beaucoup de retard un casse-dalle, on re-prend des photos, on se laisse dorer au soleil, ... Et puis finalement on rentre, parce qu'une que fois le soleil est passé derrière la crête, ça se rafraîchit. Hé oui ! Avec la saison sèche, la température tombe vite, et on apprécie de retrouver dans le sac un pull oublié dans la hâte d'aller se baigner.

Petite anecdote : à un moment, alors que je suis dans l'eau, j'entends — avec peine à cause du bruit des chutes — qu'on me dit de sortir de l'eau. Hélène et Marie ont vu un serpent d'eau, et elles ne sont pas rassurées. À un moment, on le revoit un court instant, il sort la tête de l'eau puis replonge dans les chutes. Ce n'est que plus tard, quand il reviendra encore à la surface, que nous nous apercevrons que c'était en fait une sorte d'iguane, un reptile avec des pattes, long de 40 cm !

18h30 : qui a éteint la lumière ?!

Il y a des jours qu'on ne voudrait pas voir finir, mais la course du soleil continue depuis toujours. Du coup, on se fait un rapide souper avec quelques unes des vivres qui nous restent, puis on se pose emmitouflés de couvertures. Raphaël gratte quelques cordes de sa guitare, on parcourt un peu le Diapason rouge, on joue au Perudo, on vide une bouteille de liquoreux conservée par Sébastien depuis un an, et on va se coucher. Tout le monde est mort de fatigue, et ça se comprend après une journée comme celle-là !

Dans la hutte qui nous a été prêtée, des tentes de type "igloo" sont dressées, avec même des matelas à l'intérieur. Nous n'avons qu'à rajouter les couvertures que nous avions apportées et à nous glisser dessous. Dire que ce matin nous ne savions pas où nous dormirions, et la Providence s'est chargée de nous loger, et pas n'importe où, au pied des chutes ! Comme dirait Papa, « Aux innocents les mains pleines ! »


Lundi 17 mai

06h00 : premières lueurs du jour

Il y a une demi-heure, réveillé par le froid — une couverture, ce n'était pas suffisant — et une envie pressante, je me lève et croise Hélène, emmitouflée dans son sac de couchage, assise sur l'escalier qui permet de monter à la hutte, dans l'attente du lever de soleil. On commence à voir les premières lueurs apparaître, tout reste sombre autour de nous mais le ciel s'éclaire. Surtout, le nuage d'eau qui s'élève au-dessus des chutes prend peu à peu des couleurs.
 
Premières lueurs Le ciel s'éclaire déjà
Emmitouflés et pas qu'un peu !
Les photos parlent d'elles-mêmes, non ?

Tout le monde a rejoint l'escalier où nous sommes bien couverts, il fait bien frais et l'humidité le fait bien sentir. Très vite, le ciel devient très clair, la lumière nous arrive, le soleil nous éblouit. Nos profitons de ces premiers rayons qui viennent nous réchauffer timidement, mais déjà il est temps de partir...

07h00 : tout le monde en voiture !

Après avoir rangé nos affaire, nous voilà prêts à partir. Nous quittons ce lieu magnifique où nous aurions pu rester plusieurs jours sans nous lasser, dont nous gardons les images gravées dans notre mémoire (et dans nos appareils photo). Et c'est reparti : au programme, voiture, voiture, voiture. Les kilomètres parcourus samedi et dimanche, il va falloir les avaler dans la journée, en espérant ne pas connaître les mêmes retards : embourbements et pauses PCR, surtout. De toute façon, nous travaillons tous demain, donc il n'y a pas le choix. Nous faisons les paris sur l'heure d'arrivée, et je suis le plus pessimiste en annonçant 19h30 (soit 1h30 après la tombée de la nuit... ce qui n'est pas très sûr).

12h00 : pique-nique chez le curé de Bunkeya

Nous nous arrêtons à Bunkeya pour refaire le stock de vivres et pique-niquer. Et là, surprise : le curé de Bunkeya est rentré hier soir, il a appris que nous étions passés, et il nous invite à sa table ! Bon, évidemment, il n'a pas grand chose à nous proposer, si ce ne sont des chaises et une table. Nous pique-niquons donc avec lui, il nous explique pas mal de choses sur la région.

Il nous montre aussi une carte avec tous les villages qui font partie de sa paroisse, c'est impressionnant, les plus éloignés sont à plus de 50 km. Il nous explique qu'il passe environ deux fois par an dans chaque village, ce qui fait qu'à son passage il célèbre baptêmes, premières communions, mariages, et chaque fois il est accueilli en grandes pompes. Des catéchistes font tourner le village en son absence, heureusement. Il voyage habituellement en moto, car les voitures ont souvent du mal sur la piste, mais parfois il ne peut pas faire autrement que de se déplacer à pied, ou même prendre la pirogue quand la route est coupée, en saison des pluies. Hé oui ! Quand il pleut, la piste ne ressemble plus par endroit qu'à un grand fleuve de boue. Et comme il est le seul prêtre de la paroisse, il n'y a personne pour le seconder, et il est très souvent sur les routes. Curé de brousse, il n'y a pas à dire, c'est une vocation !

13h30 : allez, on trace !

Il n'est plus question de traîner, il faut repartir. Cette fois-ci, plus d'arrêt prévu avant Lubumbashi, sauf pour changer de conducteur. Tout le monde aimerait arriver assez tôt, surtout avant la nuit qui tombe vers 18h : la route a des trous qui se cachent bien dans le noir, et tous les véhicules ne sont pas bien éclairés (certains sont borgnes, mais d'autres sont carrément aveugles).

17h45 : pari perdu pour moi

Ouf ! Nous sommes enfin arrivés, avant la nuit, ce que tout le monde apprécie ! J'ai perdu mon pari — de toute façon, il n'y avait pas d'enjeu — mais ce n'est pas grave, nous sommes arrivés avant la nuit, c'est ça qui compte. Il faut dire que nous avons fait très attention à ne pas nous embourber et nous n'avons pas été arrêtés par nos amis policiers.

Si je dois retenir un seul moment de tout ce week end, je crois que c'est le lever de soleil sur les chutes, avec seuls les oiseaux et ces mêmes chutes pour troubler le calme souverain du début de cette journée.
 

Contenu modifié le 15 juillet 2010 à 23h52



Commentaires

estelle dit (le 15/07/2010 à 12h49) :

     Ouch, ça s'arrête brutalement je trouve. Tu ne voulais pas nous raconter votre journéé du lundi et votre voyage de retour ?

En tout cas, c'est toujours un plaisir de te lire. Par contre, tu ne partage pas les photos sur un site ? (Picasa, Flickr, autre...)


estelle dit (le 15/07/2010 à 15h02) :

     C'est bon, tout y est cette fois :-D


alain dit (le 15/07/2010 à 15h06) :

     Oui, tu as raison... un petit problème technique et une partie de la dernière journée avait disparu... mais c'est corrigé !

Pour les photos, je n'ai pas prévu de faire d'album photo en-ligne. Par contre, je peux éventuellement stocker en plus grande résolution les photos que je publie sur mon blog pour les voir avec plus de détails.


alain dit (le 15/07/2010 à 23h54) :

     Voilà qui est fait : il est maintenant possible de cliquer sur l'image pour la voir en meilleure résolution.


estelle dit (le 16/07/2010 à 09h54) :

     YES ! On se rend mieux compte de l'état de la piste, du coup :-) Et le palmier caché dans l'arbre, on le voit mieux aussi.
Merci Alain ! :-D


miange dit (le 21/07/2010 à 15h16) :

     Superbe !
J'adore les passages avec les policiers... Au Bénin, on avait trouvé un truc imparable : se lier d'amitié avec le commissaire... ! Du coup, tout autour de Dogbo, on circulait sans problème... et quand on allait un peu plus loin, il suffisait de descendre de la voiture, de parler 2-3 mots d'Adja, de la pluie et du beau temps... et c'était reparti, sans amende ni backschisch !!... et puis avec un beau sourire, tout passait sans problème !! Ahhhh... ces flics africains !!


sixsoux85 dit (le 27/08/2010 à 08h59) :

     Oh , merci de nous partager ce que tu vis... on fait des voyages supers en restant dans son fauteuil. Je vois que chaque pays a son charme!!! Tu as encre une année devant toi non?
Alors, profites en bien car ces paysages sont à couper le souffle et l'esprit soudé qui vous unit est précieux.Et ce rapport? Je viens d'envoyer le mien! A bientôt ;o) Cécile


alain dit (le 27/08/2010 à 13h45) :

     Je suis content de savoir que ça plaît aux Indiennes ;-)
(dont, il me semble, l'esprit est bien soudé également)

Mon rapport de mission est en cours de rédaction (la vérité est que je n'y ai pas touché depuis 10 jours) et je vais essayer de mettre à jour ce blog, ça fait bien longtemps que je ne m'en suis pas occupé... (honte à moi)


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