Oui, oui, voilà, je vais tout vous raconter, maintenant que j'ai achevé mon rapport de mission (les vacances aussi, depuis trois semaines). Ces vacances ont été avant tout du repos, de la découverte intra-Lubumbashi (à la différence du voyage à Kilwa ou aux chutes de Kiubo), l'occasion aussi de faire des choses que je n'ai pas toujours le temps de faire pendant l'année.
Chouette, chouette, une visite !
Bon, ce n'est pas exactement pour moi, mais pour Sébastien : ses parents sont venus le voir à Lubumbashi pendant la première quinzaine d'août. C'était l'occasion de voir des endroits que je n'avais pas encore vus à Lubumbashi, visiter des maisons salésiennes qui m'avaient échappé jusque là, mais aussi profiter des douceurs gastronomique de la France ("le pays des fromages qui puent", dixit M. Sylvestre des Guignols de l'Info, mais pas que...)
Et puis, le courant passait bien, donc j'ai pu m'incruster tranquillement, discuter potager avec "Maman Joëlle" comme elle était appelée ici, et de bien d'autres choses. Comme je les ai accompagnés pendant une bonne partie de leur séjour — j'espère que je n'ai pas trop paru être un parasite — ce sont deux semaines pendant lesquelles je n'ai pas eu à planifier mes vacances. C'est toujours ça de gagné !
Kilela Balanda, un foyer très accueillant [Extrait du rapport de mission n°4]
Au cours de nos visites, nous sommes passés par le foyer de Kilela Balanda, voisin de Salama. Les demoiselles — ce ne sont pas des sœurs, n’ayant pas prononcé de vœux — y accueillent des jeunes mamans qui ont souvent un seul enfant en bas âge et ont été rejetées par leur mari ou compagnon et leur propre famille. En général, ces jeunes mères doivent faire face à plusieurs problèmes : problème psychologique lié au rejet, problème financier, problème de logement, etc.
La démarche de ce foyer est complète : il héberge la mère et l’enfant, les nourrit, une nounou s’occupe de l’enfant pendant la journée, et les enfants en âge d’aller à l’école sont scolarisés au sein-même de l’établissement. Pendant ce temps, la maman reçoit une éducation spirituelle, culturelle, intellectuelle et manuelle — broderie, couture, etc. — afin de pouvoir gagner sa vie par elle-même. Bien entendu, les « élèves » font de la pratique, ce qui permet au centre de produire des boubous — c’est chez elles que je me fournis — et donc de pourvoir à une partie de ses besoins. Enfin, le foyer œuvre à rapprocher et à renouer le dialogue entre la jeune mère esseulée et la famille, le compagnon ou mari, la belle-famille. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la quasi-totalité d’entre elles ont retrouvé une situation stable.
Sur cette photo, les parents de Sébastien, Sébastien et Mademoiselle Monique.
Ci-après, des boubous made in Kilela Balanda :
Tour des maisons salésiennes [Extrait du rapport de mission n°4]
Par ailleurs, nous avons fait le tour de plusieurs maisons salésiennes, afin de montrer aux parents de Sébastien la variété des formations offertes par les Salésiens de Don Bosco. Il y a ainsi eu Bakanja Centre, avec l’accueil d’enfants de la rue et formation de base ; Jacaranda, la ferme-école ; l’Institut Technique Salama avec l’imprimerie, la mécanique auto, la mécanique générale, l’électricité, l’électronique ; la Cité des jeunes qui enseigne la maçonnerie, la cordonnerie, la serrurerie ; Imara pour l’enseignement en primaire et secondaire ; etc.
En effet, les Salésiens sont très présents à Lubumbashi, dans le domaine de l’enseignement. Surtout, ils sont sur tous les tableaux : depuis l’accueil des enfants de la rue à Bakanja Centre, jusqu’à l’enseignement supérieur avec l’ESIS, ils couvrent toutes les tranches d’âge, tous les milieux, et une très grande diversité dans les compétences. C’est pour cela que je rencontre souvent des gens qui me disent qu’ils sont anciens de telle maison salésienne, qui d’Ima Kafubu, qui de Tshem-tshem, etc.
À la vue de ces propositions, les parents de Sébastien se sont bien sûr dits ravis de leurs découvertes, chargés de bonnes idées, notamment "Maman Joëlle" qui travaille en maternelle.
La STL, Société pour le traitement des scories du Terril de Lubumbashi
Nous avons aussi visité une usine, la STL, qui retraite le Terril qui est un "monument" de L'shi (avec la cheminée, juste à côté) : ce terril dressé par la Gécamine — la grande usine des années glorieuses — date d'une époque où le cobalt et le zinc n'étaient pas assez intéressants pour être exploités. Résultat, le terril contient énormément de cobalt et de zinc, et même encore du cuivre, donc une grosse partie du monticule va être retraité. Le travail de la STL consiste donc à refaire passer les scories du terril dans des machines pour en sortir les métaux intéressants.

À gauche, l'équipe prête pour la visite. À droite, le terril et la cheminée de Lubumbashi, véritables monuments dans le décor lushois.
Le potager, un moment de plaisir
Évidemment, je n'aurais pas oublié de m'occuper du potager pendant les vacances. Surtout que le plus gros travail, avec ce potager qui n'existait pas avant, c'est précisément de labourer la terre là où elle ne l'a pas été depuis au moins 20 ans. En fait, j'avais préparé des carrés, plus un rectangle, en février-mars dernier, mais avec mes projets de culture il fallait songer à agrandir. C'est chose faite, il a gagné quelques 30 m² en peu de temps (mais quand même pas mal d'effort). J'ai aussi enlevé une souche de goyavier, aidé de Sébastien et Jean Bosco, de cette manière j'ai une surface disponible si je veux encore agrandir davantage le potager.

Bon, avoir un potager, c'est bien, mais quand il donne c'est mieux ! Après l'échec cuisant avec les cucurbitacées — concombres, cornichons, courgettes, melons, potirons, courges — , échec auquel fait exception le Cucumerina Trichosanthes, ou serpent végétal — celui-ci impressionne les Congolais qui le prennent pour un vrai serpent — j'ai mieux réussi avec les tomates. En fait, tous les pieds de tomates que j'ai plantés ont donnés. Fierté supplémentaire, c'était la première fois que je semais moi-même les graines, en France j'ai toujours acheté les plants. Au niveau des variétés, c'était pas mal non plus, avec 8 variétés différentes, dont deux non identifiées. Pour celles qui sont identifiées (le billet de 500 FC, qui a les dimensions d'un billet de 5€ environ, donne une idée de la taille) :
De gauche à droite : Striped Roman,
très décorative, mais pas beaucoup de goût ; Poire Jaune,
ça produit enormément, pas mauvaise ; Poire Rouge :
plus petite que la Poire Jaune, mais plus parfumée.

De gauche à droite : Barbaniaka,
très bonnes, très parfumées, et elles sont assez productives ; Blondköpfchen,
superbe productivité mais un peu moins de goût que Barbaniaka ; Prune Rouge, un bon goût fruité.
Et tout de même, le serpent végétal qui monte la garde, et sa fleur blanche délicate :
Et quand je dis que les tomates sont une réussite, c'est que ça a quand même suffisamment produit pour être remarqué par l'ensemble de la communauté. Surtout, c'est l'originalité de mes tomates qui les a distinguées de la production dans le reste du potager. Et les petites tomates cerises — Barbaniaka et Blondköpfchen — ont été très appréciées pour les différents apéritifs du mois d'août et septembre. Les Congolais ne sont pourtant pas habitués à manger des crudités, donc a fortiori des tomates crues, mais toute la communauté a fait honneur aux tomates cerises, et plutôt deux fois qu'une !
Pour la suite du potager, il y a différentes choses. Tout d'abord, j'ai semé du maïs doux (ou maïs sucré), deux variétés : True Gold (un maïs jaune) et Arc en Ciel Inca (on s'en doute, multicolore). On va voir ce que ça va donner. Ici, le seul maïs cultivé est le maïs à farine (pour faire du bukari !), et parfois ils le cueillent encore vert pour le manger en légume voire en dessert, mais ce n'est pas comme du maïs doux. Ensuite, j'ai aussi semé des haricots mangetout Beurre de Rocquencourt, j'en avais déjà semé en avril dernier mais pas assez et la quantité récoltée à chaque fois était plus anecdotique. Cette fois-ci, j'ai mis le paquet, 4 rangs de 3,5 m environ, on va pouvoir se régaler. Et j'en ressème dans quelques jours. Il y a aussi des petits pois Merveille de Kelvedon (une variété naine à pois ridés) qui attendent que les pieds de tomates libèrent la place. La luzerne pousse sur une partie de la surface inutilisée, en attendant la suite (j'utilise ici la luzerne comme engrais vert).
Et après ? Je fais venir quelques variétés de tomates, en plus de celles que j'avais là — j'ai récupéré, évidemment, les graines — dont certaines sortes que j'ai sélectionnées pour leur résistance aux maladies. Le problème avec la tomate, c'est qu'en général ça n'aime pas trop d'eau, surtout sur le feuillage, donc la pluie n'est pas son amie. En général, pour les jardiniers, "été pluvieux" est synonyme de mildiou et autres maladies. Mais il existe des variétés particulière résistantes, comme la De Berao, et je veux faire l'essai. Les variétés qu'on trouve ici n'acceptent pas d'être cultivées pendant la saison des pluies, à moins d'être protégées par une serre. Si je trouve une variété qui résiste bien et qu'on peut cultiver ici en saison des pluies, ça va être une petite révolution ! J'ai déjà pris contact avec une maman qui est intéressée par mon expérience et à qui je vais donner des graines — dès qu'elles arrivent avec la maman de Laurent, volontaire à Jacaranda — pour qu'elle fasse l'expérience de son côté. Si c'est un échec, tant pis, au moins j'aurai essayé.
Et puis, il y a les piments : je vais recevoir des graines de piments doux (poivrons), un peu forts, forts et très forts, de quoi faire un très bon pili-pili (condiment à base de piments, et fort). Concernant les piments, ça va, la saison des pluies est bien la période pendant laquelle on les cultive, ça ne devrait pas échouer. À voir ensuite quelle sera la productivité... la réponse dans quelques mois !
C'est bon, c'est fini la botanique ?
Ah, je vous avais pas dit, peut-être, mais en ce moment c'est la saison des papayes, enfin elle touche à sa fin. On a mangé de la confiture de papayes chaque matin depuis deux mois (je ferai plus de pots de confiture de citrons la prochaine fois), le midi et le soir on en a eu soit fraîchement découpée, soit en salade de fruits (mélangée ou non avec des morceaux de pomme) arrosée de jus d"orange, ce qui relève le goût un peu fade. Bon, j'avoue, quand c'est le seul fruit qu'on mange pendant deux mois — j'exagère un peu, il y a des pommes et oranges importées — on en est un peu fatigué à la fin.
Mais comme chaque chose a une fin, on y arrive pour la papaye. D'ailleurs, l'avocat est en train de prendre le relais, nous avons mangé notre premier dessert à l'avocat ce soir. Dessert à l'avocat ?! Oui, oui, vous avez bien lu : de l'avocat bien mûr, réduit en purée au mixer et mélangé avec du sucre. Ce n'est pas mauvais, mais je me dis qu'avec un peu de jus de citron ça pourrait être pas mal, il faudrait que j'en parle au cuistot à l'occasion. Pour les mangues, il faut encore attendre : si j'en crois celles qui sont accrochées au manguier, juste à côté de mon potager, il leur faut encore deux mois.
Et puis, quelques faits divers...
Je suis au regret de vous annoncer que Francfort n'est plus. Il a eu une intoxication alimentaire, à force de fouiller dans la poubelle. C'est dans nos mains impuissantes qu'il a expiré. Snif ! En tout cas, ça ne semble pas avoir trop affecté sa mère, Delta, qui a une nouvelle portée en cours de fabrication. Naissance dans un mois ou un mois et demi.
Depuis mi-août, Père Staf est parti en congé annuel en Belgique, ce qui fait que je le remplace pendant ce temps comme "Monsieur Météo" : je relève chaque jour le maximum et le minimum des températures. Du coup, je sais précisément vous dire que, alors que vers le 15 août il faisait de 8°C (min.) à 25°C (max.), il fait maintenant de 15°C (min.) à 32°C (max.). L'écart min-max est conservé, c'est juste un décalage vers le haut. Et puis, la courbe de température de la journée n'est plus la même : alors qu'avant les heures chaudes de la journée étaient très concentrées autour de midi, elles sont maintenant plus étalées sur l'ensemble de la journée. Bon, ça fait chaud, mais quand je vois pour les autres volontaires, je me dis qu'à L'shi on est plutôt bien loti !
Frère Rémy et Sébastien se sont lancé un défi, laisser pousser la barbe, donc je n'étais plus le seul barbu de la communauté. On a pris une jolie photo de nous trois pour immortaliser ça, avant que ma barbe ne tombe. Les premiers temps, ça fait bizarre de ne plus être barbu.
Enfin, j'ai pas mal bossé sur le site web de l'école, donc dans des temps très proches vous pourrez voir l'ESIS "onnezeuhoueb".