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Quid du tourisme en Birmanie?

Posté par : lamonne


Extrait du livre Esprit de Voyageur - récit d'un voyage initiatique - Arnaud de La Monneraye


Novembre 2004

Nous nous envolons le 21 novembre pour l’Union du Myanmar, nom donné à la Birmanie par la junte militaire au pouvoir. Nous devrions, conformément à ce que nous avions initialement prévu, y rester une quinzaine de jours. Pour la suite, nous aviserons. Le pays, totalement sous contrôle d’une des dictatures militaires les plus répressives au monde, ne commence que petit à petit à s’ouvrir au monde extérieur. Cette destination est donc nettement moins prisée et connue des voyageurs. C’est ce qui crée tout notre enthousiasme.
Comme nous allons rapidement nous en apercevoir, il n’est pas si facile de « barouder » sur le territoire birman, pour reprendre le jargon du routard. Pas si évident que ça en effet, de sortir des parcours traditionnels proposés par les tours opérateurs. Hors des circuits touristiques totalement balisés par le gouvernement il faut bien le dire, de nombreux obstacles s’érigent : la vétusté de l’infrastructure routière, la barrière de la langue qui rendra difficile la recherche d’informations et le dialogue, ou encore les grosses différences culturelles. Sans compter le regard que pourront porter sur nous de nombreux Birmans peu habitués à rencontrer des blancs. Enfin, l’accès à une très grande partie du territoire étant défendu aux touristes étrangers, les escapades restent assez limitées. Ces zones interdites sont utilisées, surtout dans le nord et l’est du pays, comme repères pour les barons de la drogue et la mafia chinoise, dont les agissements restent sous le couvert d’un gouvernement largement corrompu. C’est également dans ces zones dites « interdites » que sévissent travail forcé et répression de certaines ethnies minoritaires comme les Karen, témoignages de la dureté d’un régime militaire qui fait régner sa loi impitoyable sur l’ensemble du pays.
En raison de tous ces paramètres, il ressort que les séjours touristiques en Birmanie se font principalement dans le cadre de circuits organisés par des agences de voyage. Très peu de touristes y circulent par leurs propres moyens et encore moins tout seuls. Notre intention n’étant surtout pas celle de passer par un tour opérateur, nous devrons souvent nous armer de patience pour évoluer hors des chemins balisés et nous faire comprendre. Ce ne sont pas les trajets épiques, les discussions infinies tournant en rond et les rencontres imprévues qui manqueront au cours de notre voyage.

Nous atterrissons à la tombée de la nuit à l’aéroport de Yangon (ex-Rangoon). Nous foulons alors le sol d’un pays que nous connaissons peu, méconnu du grand public occidental. Très peu d’informations sur cette partie reculée du monde circulent en effet jusqu’à nous en Europe. A vrai dire, nous n’avons même pas vraiment idée des paysages ou des visages que nous allons rencontrer. Ce n’était pas le cas des autres pays que nous avons traversés, ayant tous au moins une fois déjà parcouru nombre de brochures ou articles sur ces pays en vogue, nettement plus médiatisés. Lorsque nous sortons du taxi qui nous a amenés dans le centre ville, lieu où nous avons le plus de chances de trouver un hôtel bon marché surtout à cette heure tardive, je goûte avec délice l’atmosphère particulière qui se dégage. J’ai le sentiment d’être à l’autre bout du monde et je ressens déjà un décalage par rapport aux autres pays d’Asie du Sud-Est que nous venons de visiter. Tout semble si différent. Je ne saurais dire tout de suite pourquoi j’éprouve si fort ce sentiment de nouveauté, de changement, d’inconnu. Sans doute le mélange des saveurs orientales exotiques et le peu d’informations dont nous disposons sur le Myanmar qui produit instantanément sur nous, dès les premières minutes, une forme de fascination et d’attirance pour cette ambiance toute particulière.
Ce qui me frappe en premier, ce sont les vêtements, surtout ceux des hommes. Ils portent le Longhi, un grand drap de tissu qu’ils nouent autour de leur taille. Il faut dire qu’ils ont plutôt intérêt à l’arborer, toute autre forme de vêtement à l’occidentale étant remarquée comme une forme de non-conformisme au gouvernement. Enfin, on a l’impression d’être en Inde (la frontière occidentale du Myanmar est mitoyenne à celle de l’Inde). L'allure des Birmans, avec la couleur mate de leur peau, est en effet très proche de leurs voisins de l’ouest. Ils mâchouillent tous le Bétel rouge, cette curieuse noix qui a pour caractéristique de teindre les dents en rouge. Les crachats de Bétel jonchent le sol. Enfin, en plus de toutes ces différences, plane une grande religiosité empreinte d’un certain mysticisme, le bouddhisme étant omniprésent dans la vie quotidienne. Nous n’avons qu’à lever les yeux pour admirer les grands stupas éclairés dans la nuit, ces monuments en forme de dôme plein, élevés sur des reliques du Bouddha ou de religieux éminents. Ils s’élèvent au-dessus de la ville à plusieurs dizaines de mètres de haut et scintillent de toutes leurs feuilles d’or dans l’obscurité du soir.

N’ayant toujours pas de kyats sur nous, la monnaie locale, nous donnons quelques dollars au chauffeur de taxi qui nous laisse dans les rues désertes de la capitale. Nous avons de la chance. Nous n’avons plus comme c’était le cas encore quelques mois auparavant, à changer un minimum de deux cents dollars américains en « Foreign Exchange Certificate » (FEC), une monnaie inventée par les militaires birmans, théoriquement équivalente au dollar, servant simplement de subterfuge pour taxer le visiteur étranger. Il fallait en effet pour circuler dans le pays, échanger ensuite ses FEC contre des kyats, la véritable monnaie birmane utilisée par tous. Mais au change on obtenait dix pour cent de moins que si on avait échangé directement des dollars. Ces dix pour cent de différence atterrissaient évidemment directement dans les poches du gouvernement.
Si cette pratique n’a plus cours aujourd’hui, de nombreux autres artifices sont déployés par la junte pour tirer profit de la visite des touristes, comme nous pourrons rapidement le constater…
A la recherche de notre premier hôtel dans le centre de Yangon, nous découvrons un peu consternés que les guesthouse dans lesquelles nous avons l’habitude de descendre annoncent des prix nettement supérieurs à ceux auxquels nous étions accoutumés les semaines précédentes, pour un service qui me semble relativement équivalent. Etonnés de tels écarts que nous avons du mal à comprendre, nous questionnons les gérants qui nous informent, le plus souvent dans un anglais difficile à décrypter, que c’est comme ça, ici à Yangon et ne donnent pas plus d’explications que cela. L’un d’eux fini par nous lâcher à demi-mots qu’ils sont obligés de répercuter dans le prix des chambres, les taxes prélevées par le gouvernement sur leurs prestations. Inutile de dire que ce type d’information n’était pas censé être révélé par un Birman à un touriste. Les Birmans n’ont d’ailleurs pas le droit de parler de politique ou du gouvernement avec des étrangers sous peines d’arrestations et d’emprisonnements. De plus, le système de dénonciation fonctionnant de manière plutôt efficace, tout le monde se méfie de son voisin, ce qui entretient un climat d’insécurité permanent qui bannit toute forme de confiance.
Nous serons confrontés par la suite à d’autres techniques d’extorsion de fonds, avec par exemple des droits d’entrée sur les sites touristiques souvent prohibitifs à cause de la taxe forfaitaire prélevée par les militaires. Sans oublier les propriétés de l’état : une compagnie aérienne, des lignes de chemins de fer ou encore des agences touristiques, gérées complètement par le gouvernement qui détourne ainsi à son profit le produit de la manne touristique. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que nous chercherons à éviter les tours organisés afin d’échapper au maximum à ce racket organisé.

Se pose dès lors un problème éthique de taille qui, je dois l’avouer, ne m’a pas vraiment alerté au début. Il faut dire que j’ignorais alors tout de la situation au Myanmar. Le visiteur étranger contribuant, souvent bien malgré lui, à enrichir la dictature, de nombreuses personnes se posent la question de la légitimité d’un voyage touristique dans ce pays. Faut-il oui ou non voyager en Birmanie ?
De nombreuses associations de soutien à la Birmanie ainsi que la figure de proue de l’opposition démocratique, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991, appellent à boycotter les voyages au Myanmar, car ils contribuent à alimenter les caisses d’un état anti-démocratique. D’autres faits, dont je ne pris connaissance qu’après mon départ, viennent également étayer cette thèse. Par exemple, la volonté de développer le tourisme serait à la base de milliers d’heures de travail forcé imposées par la junte à la population : construction de routes, lignes de chemin de fer, ponts, etc. Toutes ces raisons sont autant d’arguments valables pour appeler au boycott des voyages touristiques entretenant cet état de fait.
D’autres opposants au régime estiment au contraire que le tourisme permet au peuple birman de briser son isolement, ce qui est sans doute vrai si on s’écarte des circuits touristiques et des agences contrôlées par le gouvernement, car celui-ci n’a accès ni aux médias internationaux ni à Internet. Mais aussi et surtout parce que le tourisme permet à de nombreux Birmans d’être un peu moins pauvres, ce que nous serons amenés à vérifier par nous-mêmes.

C’est dans ce système de réflexion complexe que nous avons évolué pendant quinze jours. Bien sûr, nous avons tout fait pour essayer de verser le moins possible d’argent à la junte en évitant les voyages organisés et en ne fréquentant que des petites gargotes et guesthouses bon marché, hors du contrôle des généraux, à la différence des grands hôtels et des grands restaurants. En continuant à voyager de la même façon qu’auparavant, c’est à dire en cherchant en permanence les plus petits prix, en évitant les agences de voyage et en discutant autant que possible avec les autochtones, nous avons pu mesurer un peu mieux l’impact de notre séjour. En tant que visiteurs étrangers, nous avons certes contribué à enrichir les caisses d’un régime qui bafoue les droits de l’homme, mais notre argent dépensé a tout simplement apporté son concours à l’amélioration du quotidien de quelques Birmans.

Le tourisme sert quoi qu’il arrive de soutien à un pan de l’économie et permet à de nombreux Birmans de vivre grâce à cet afflux de devises. C’est, je pense, un aspect à ne pas négliger, quand bien même la plus grosse partie de ces revenus revient de manière illégitime aux militaires. Un boycott aurait pour conséquences de priver une partie de la population d’une source de revenus non négligeable. En appauvrissant ainsi davantage le pays, c’est finalement le peuple birman qui risquerait d’en pâtir le plus. Un boycott radical fragiliserait certes le pouvoir, mais à quel prix ?
Et puis, j’ai eu le sentiment que notre présence et a fortiori la présence d’autres jeunes voyageant comme nous, donnait un aperçu du monde extérieur à nos hôtes ; monde auquel ils sont totalement coupés de manière arbitraire par le gouvernement en place. C’est cette vision que cherchent à promouvoir un certain nombre d’opposants au régime. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de comprendre un peu mieux tout ça, en discutant avec l’un d’eux... Lors d’un trek dans les montagnes, loin de la ville et du contrôle militaire, nous avons pu parler plus librement de politique avec notre guide birman, ce dernier n’ayant pas la crainte d’être dénoncé par un voisin ou surpris par des militaires en train de parler de choses interdites.
Il était convaincu que le seul moyen de sortir le peuple birman de sa torpeur, serait de lui donner un maximum d’images du monde occidental pour qu’il prenne conscience de sa condition injuste et se révolte ainsi de lui-même contre le régime.
– Car les Birmans ne cherchent pas à changer leur condition ; ils l’acceptent et se soumettent trop facilement. Nous avons été asservis pendant bien trop d’années ce qui a finit par annihiler toute forme de rébellion de mon peuple qui s’est habitué à cet assujettissement, nous disait-il, sans doute à juste titre.
– Il faut réveiller la conscience de chaque Birman. C’est seulement à ce moment-là que nous pourrons envisager de nous débarrasser de ce régime. Et c’est la vision du monde extérieur, et surtout celle de la liberté, qui donnera l’impulsion de la révolte au peuple birman.
Cette vision, il le savait, comporte une grande part d’utopie, car il faudrait sûrement de nombreuses années avant que naisse cette prise de conscience. Mais la faiblesse et la lassitude du peuple birman, terreau adéquat à l’entretien d’un régime dictatorial, seraient selon lui la principale source du problème :
– Si le peuple birman ne change pas, une autre forme de domination succédera un jour ou l’autre au régime militaire en place, et ainsi de suite…

Texte modifié le 15 mars 2009 à 00h00

Commentaires

nomades dit (le 25/08/2009 à 18h29) :

     Bonjour, je suis extrêmement surpris!!!! C'est quoi se blabla sur le Myanmar et ses habitants? En quinze jours c'est ce que tu a retiré de ton voyage? T'est à côté, complètement à côté, désolé.... mais se genre de récit est vraiment désespérant et montre bien l'esprit de certain voyageur qui en deux semaine ne font que répéter se qui se dit sans même vérifier un minimum sur place. Le Pétrole........çà, ça fait vivre ce gouvernement. Les quelques roupies de touriste "baroudeur" ........ des miettes. Bye



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