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Le Cambodge, un pays à l'histoire tragique

Posté par : lamonne


Extrait du livre Esprit de Voyageur - Récit d'un voyage initiatique (Arnaud de La Monneraye)

                             

Le Cambodge. Certainement le pays auquel je reste aujourd’hui le plus attaché, tant la richesse de la culture khmère, le tragique destin de son peuple et l’indélébile sourire de ses enfants m’auront marqué. Nous n’y resterons que peu de temps, une petite dizaine de jours ; suffisamment pour se laisser gagner par sa magie. Difficile de ne pas tomber sous le charme de ce pays si attachant. Quiconque a déjà visité le « pays du sourire » n’a pu rester insensible à l’accueil chaleureux de ses habitants ni moins rester imperméable à la profonde richesse artistique des temples d’Angkor.

La frontière à peine franchie, je me sens tout de suite attiré par ce pays. Son histoire me fascine et je me laisse rapidement subjuguer par ses multiples contrastes. Avant d’atteindre la capitale, nous traversons la campagne dont les magnifiques rizières d’un vert éclatant ne cessent de retenir notre attention. Quelques cabanes de paysans sur pilotis se trouvent en bordure du chemin alors que leurs habitants s’offrent une petite sieste sous ce parfait abri, à l’ombre du soleil encore fort malgré l’heure avancée de l’après-midi.

 

Anciennement surnommée « la perle de l’Asie du Sud-Est », Phnom Penh est une ville qui va aussitôt me séduire. On sent qu’elle respire, avec ses larges avenues du centre complètement dégagées, dévoilant au visiteur de splendides édifices comme le palais royal, la pagode d’argent ou encore le musée national. Nous avons tout de suite envie de nous poser un certain temps ici, non seulement parce que la fatigue commence à se faire ressentir, mais aussi parce que le site s’y prête tout à fait. Voilà plus d’un mois que nous cavalons d’un endroit à l’autre sans avoir vraiment pris le temps de nous installer plusieurs jours et le cadre de la ville est plutôt plaisant.

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La situation alarmiste du Cambodge nécessite l’aide de la communauté internationale ainsi que la présence sur le terrain de nombreuses ONG pour venir en aide à une population durement éprouvée : trente ans de guerre dominés par quatre années de dictature khmère rouge.

Cette dictature khmère rouge, qui mit le pays à sac et à sang de 1975 à 1979, plongea le pays tout entier dans la torpeur et dans un chaos sans précédent. Cette folie meurtrière de l’histoire a laissé de profondes traces sur la population mais aussi sur l’organisation du pays. C’est aujourd’hui plus de quatre millions et demi de personnes qui vivent encore sous le seuil de pauvreté. Un deuxième chiffre suffit, à lui seul, à résumer le fléau qui s’abattit sur le Cambodge : environ quarante pour cent de la population actuelle du Cambodge a moins de quinze ans… Un chiffre qui en dit long sur le génocide khmer et la famine qui s’ensuivit, causes du déséquilibre actuel dans la pyramide des âges.

Après cinq années de guerre civile à la frontière du Vietnam, les Khmers Rouges dirigés par Pol Pot s’emparent de la capitale du pays le 17 avril 1975, la vidant alors de tous ses habitants. L’impitoyable et cruel régime de l’Angkar se met alors en place. Il maintiendra un régime de terreur absolue sur la population pendant près de quatre ans. Tous les citadins sont jetés sur les routes et l’ensemble de la population est alors employé à la riziculture et à des travaux d’irrigation épuisants. L'Angkar, « Organisation » suprême sans visage, dirigée par le frère numéro un, Pol Pot, applique une idéologie ultranationaliste et communiste radicale. Elle exalte la ligne pure choisie par le Parti Communiste Chinois, mais veut mener sa révolution bien plus loin que celle en marche à Pékin. Ce régime totalitaire vise à éliminer tous les Khmers instruits et les symboles du monde occidental. Le principe de propriété individuelle n’existe plus. L'Angkar impose progressivement l'élimination de la famille (séparations, coopératives, repas collectifs), l'abolition de la religion et de l'argent et va jusqu’à bouleverser le langage et les rapports sociaux et humains.

Les Khmers Rouges sont aujourd’hui responsables d’un génocide qui fait encore frémir par la brutale réalité de ses chiffres : quatre-vingt-dix pour cent des Cambodgiens ayant suivi des études sont morts ou partis en exils pendant la dictature khmère rouge. Entre 1975 et 1978, plus de trois cent mille personnes ont été exécutées de manière individuelle ou collective et deux à trois millions de personnes sont mortes de maladie, de privation ou de sévices. C’est près d’un tiers de la population qui a été décimé en l'espace de quatre ans.

L'invasion vietnamienne de 1979 à 1989, conséquence directe du Pol Potisme, ne va pas arranger la situation précaire du pays quasiment revenu à l’époque du néolithique pendant ces quatre années de dictature. La famine règne sur tout le pays. Le nombre de morts continue d’augmenter considérablement…

Jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, le pays va connaître l’insécurité permanente avec les Khmers Rouges qui, après leur chute en 1979, vont mener une guérilla pendant plus de quinze ans. Leurs hostilités vont conduire à la pose d’un nombre considérable de mines anti-personnelles sur le territoire cambodgien. Le gouvernement en fera de même en guise de riposte contre ces attaques. Les spécialistes estiment leur nombre à dix ou douze millions, ce qui fait du Cambodge le pays le plus miné du monde. Il est bien difficile de ne pas prendre la mesure de ce désastre lorsqu’on circule dans le pays. Nombreux, en effet, sont ceux à qui il manque un membre, le plus souvent une jambe remplacée par une béquille en bois sur laquelle s’appuient ces victimes du destin.


Alors que je fais mes premiers pas au Cambodge, mes lectures m’en apprennent chaque fois plus sur le terrible passé de ce pays à l’histoire tourmentée. Dans le même temps, de nombreux autres témoignages me font prendre conscience du traumatisme vécu par le peuple Khmer, auquel on ne peut rester indifférent, avec les conséquences politiques, économiques et humaines de ces trente malheureuses années de guerre. Il faut reconstruire le pays et venir en aide à une large frange de la population qui vit en situation d’extrême précarité. C’est notamment le rôle des nombreuses ONG qui grouillent dans la capitale.

Texte modifié le 29 janvier 2009 à 09h49

Commentaires

liv.lafleur dit (le 23/02/2009 à 22h01) :

     Ton récit donne envie de se rendre compte par soi-même de la beauté du "pays du sourire".



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